vendredi, avril 19, 2013

Renaissance d'un joyau parisien



Edifié en 1981, fermé depuis 1983, le Louxor a enfin retrouvé son lustre d'antan. Au pied du métro Barbès-Rochechouart, à cheval entre les 9e, 10e et le 18e arrondissements de Paris, ce magnifique cinéma a réouvert ses portes au grand public le jeudi 18 avril 2013. 

D'inspiration art déco néo-égyptien, comme c'était la mode à l'époque, le Louxor n'etait peut-être pas le premier de son genre, mais il prouve aujourd'hui qu'il est bien l'un des plus beaux. A comparer, le Grauman's Egyptian Theater est certes plus spectaculaire, mais n'a pas le même charme. Grâce à la mairie de Paris et à d'opiniâtres associations de riverains, le Louxor a fait l'objet d'une restauration très soignée, et a même récupéré pour l'occasion deux salles supplémentaires, aux capacités plus réduites, mais pleines de charmes.




La salle principale est composée d'un verrière et de deux balcons. Un écran large, conforme aux attentes des spectateurs modernes, vient se poser devant le petit écran qu'on devine conforme à celui d'origine. Les frises et les sculptures murales ont retrouvé d'éclatantes couleurs, et les curieux ne manquent pas d'admirer l'élégance de ce temple du cinéma qui va se consacrer à la diffusion d'oeuvres d'art et essai, et cela sans publicité !

Jeudi 18h30. Je me fraye un chemin jusqu'au troisième étage. Une petite terrasse permet de siroter une bière en regardant passer ce métro dans lequel j'ai passé tant d'années à me demander pourquoi ce cinéma était fermé et quand est-ce qu'il allait réouvrir.

Le rêve est maintenant exaucé. C'est un petit miracle, qui ne risque pas de se produire pour le fameux Gaumont Palace, à quelques stations de là, bel et bien porté disparu lui.

Mais l'heure de la séance approche, je choisis de me faufiler jusqu'à l'orchestre, le premier étage étant complet. Les lumières s'éteignent, c'est presque dommage ! Mais nous sommes là pour voir un film, et pas n'importe lequel : The Grandmaster, le nouvel opus de Wong Kar-Wai.



Voir un film chinois consacré au kung-fu dans une salle d'inspiration égyptienne, voilà qui est curieux. Surtout quand on sait qu'il s'agit probablement du dernier film tourné avec la pellicule Fujifilm. La société japonaise a prévenu le réalisateur qu'elle cessait toute production vers la fin de la période de trois années qu'a nécessité le tournage du film, et c'est ce qui a décidé Wong Kar-Wai à en rester là.

Au risque de l'emphase, je dirais que comme toute œuvre d'art, The Grandmaster intrigue, élève et sublime notre existence. C'est un film qui donne un sens au cinéma : mouvement horizontal et vertical. Défilement des images et beauté des gestes. Quel meilleur écrin pour cela qu'un cinéma qui renaît de ses cendres ? Tel un Phoenix égyptien retrouvant sa splendeur d'antan.

Le film de Wong Kar-Wai montre deux destins parallèles et leur cheminement dans les arts martiaux. Des vies dédiées à cet art plus grand qu'un art : un mode de vie. Où puissance et grandeur d'âme importent plus que tout. 

On sait le cinéaste hongkongais maître de la saudade. Ses films sont toujours empreints d'une mélancolie dans laquelle se tissent bonheur et regrets. Il le montre une nouvelle fois en utilisant le très beau "Deborah's Theme" de Once Upon A Time In America. Un autre grand film sur une époque révolue. 

Ce qui montre, après Tarantino, à quel point l'oeuvre d'Ennio Morricone hante les cinéastes actuels.


mercredi, décembre 19, 2012

Le Hobbit : du nouveau avec de l'ancien



Il est rare de nos jours d'aller voir un film pour la rupture technologique qu'il apporte plutôt que pour ses qualités propres. C'est pourtant ce qui a motivé l'achat d'une place au prix fort dans un cinéma concurrent de mon circuit habituel (en l'occurrence le Pathé Wepler dans le 18e arrondissement de Paris) afin de découvrir le nouveau film de Peter Jackson : Le Hobbit : un voyage inattendu.

Il s'agit effectivement du premier film grand public à être tourné en 3D et en HFR (High Frame Rate), un procédé qui double le nombre d'images par secondes. Si les premières projections d'extraits du film en 48 images/secondes au mois de juillet dernier avaient provoqué la nausée chez certains spectateurs, il fallait juger sur pièce.

Comme le montre bien ce site, la différence entre les deux vitesses de tournage est flagrante : des contours plus nets, des mouvements très fluides, suppression de l'effet de flou quand un sujet se déplace à grande vitesse. Résultat : une image presque clinique, tellement précise qu'elle permet de voir le moindre détail (et les éventuels défauts).

Alors, comment est-ce que cette technologie s'adapte au cinéma ? Comment dépasser cette impression de captage vidéo ultra-réaliste pour s'immerger dans un univers fictif ? C'est toute la problématique de ce Hobbit, qui, lors des scènes d'intérieurs ou de dialogues donne l'impression d'assister à une sitcom, et qui, à la faveur de scènes d'action spectaculaires, stupéfait par la lisibilité de ses images.

Sans parler de l'immersion sonore totale du nouveau procédé Dolby Atmos, qui apporte "la verticalité du son" via la bagatelle d'une soixantaine d'enceintes disséminées dans toute la salle, notamment au-dessus du spectateur.

Cela fait des années que le grand Douglas Trumbull, génie des effets spéciaux (2001 : A Space Odyssey), cherche à augmenter la définition des images cinématographiques. Son procédé Showscan des années 80 était une tentative courageuse pour y arriver. Il milite maintenant ardemment pour le HFR et a réussi à se mettre dans la poche des réalisateurs comme James Cameron et Peter Jackson. Le premier a annoncé qu'il allait tourner les suites d'Avatar en 60 images/secondes. Le second travaille sur la post-production des deux suites du Hobbit, qui devraient contenir davantage de scènes d'action pures.

Alors, quelle impression ? Mitigée donc, sans parler du fait que le film de Peter Jackson souffre de problèmes de rythme et de longueurs qui font parfois retomber l'attention. Ce n'est peut-être pas le meilleur film pour juger cette technologie, et on attendra les suites pour se faire une autre idée.

Enfin, le gros avantage du HFR, c'est que la 3D passe comme une lettre à la poste, même après cent soixante-neuf minutes de projection. Et cela, c'est déjà énorme.


mercredi, février 08, 2012

Retour sur l'année 2011



Après ces fêtes de fin d'année qui ont marqué le retour inopiné de NFSC, il est temps de faire un petit bilan de l'année écoulée en termes de musique de film. Une année 2011 riche en découvertes et qui aura vu le retour en grande forme de valeurs confirmées. A commencer par l'un des derniers géants de la BOF (avec le grand Ennio), je parle de John Williams. Après une absence de trois ans des écrans, JW a fait son grand retour avec deux bandes originales. Tout d'abord, le Tintin de Spielberg, un album riche en thèmes et dont l'énergie folle est à la mesure du talent de ce grand monsieur. Puis, War Horse, sorti sur disque fin 2011 mais sur les écrans le 22 février prochain, où l'on découvre un JW plus introspectif, dont la tonalité s'approche de Harry Potter, en peut-être encore plus romantique.

Le compositeur ami de NFSC Cliff Martinez a déniché quelques morceaux d'électro imparables pour ouvrir la BO de Drive, avant d'y plaquer ses nappes de clavier atmosphérique pour une des réussites de l'année écoulée. Dans nos contrées, la bonne surprise est venue de The Artist, un superbe hommage à l'âge d'or hollywoodien signé Ludovic Bource, pour qui on croisera les doigts aux Oscar.

Autre chouchou de l'émission, le grand Howard Shore, qui signe lui aussi deux albums : celui, à mon avis mineur pour le dispensable Hugo Cabret de Scorsese, mais aussi la musique du nouveau Cronenberg, A Dangerous Method, treizième collaboration avec le réalisateur canadien ! Shore s'appuie sur un morceau tiré de l'opéra de Wagner, "L'Anneau des Nibelungen" pour bâtir une partition qui tire grand parti du piano et explore les gouffres intérieurs des personnages. Ainsi, la musique met au jour les sentiments que les personnages refoulent, permettant au spectateur de s'immerger dans leur psyché. Il est regrettable que ce film émouvant et subtil n'ait pas été évalué à sa juste mesure par la critique, qui s'attendait sûrement à autre chose de la part de Cronenberg.

Enfin, puisque c'est de saison, deux petites listes. La première, les films les plus marquants de l'année écoulée par votre serviteur, et la seconde, les BO à garder pour la rédaction de Cinézik. N'hésitez pas à envoyer les vôtres !

- Incendies / Denis Villeneuve / Canada

- Black Swan / Darren Aronofski / USA

- Essential Killing / Jerzy Skolimowski / Pologne

- Je veux juste que vous m’aimiez / Rainer Werner Fassbinder / Allemagne / 1976

- Melancholia / Lars Von Trier / Danemark-Suède

- Hors Satan / Bruno Dumont / France

- Les Aventures de Tintin / Steven Spielberg / USA

- Il était une fois en Anatolie / Nuri Bilge Ceylan / Turquie

- Shame / Steve McQueen / Angleterre

- The Tree of Life / Terrence Malick / USA

- A Dangerous Method / David Cronenberg / Angleterre

- Mission Impossible Ghost Protocol / Brad Bird / USA

Bilan rédaction Cinézik

1. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE (John Williams)
2. DRIVE (Cliff Martinez)
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS (Ernst Reijseger)
4. THE ARTIST (Ludovic Bource)
5. ARRIETTY ET LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS (Cécile Corbel)
6. HIDEAWAYS (Eric Neveux)
7. LA CLÉ DES CHAMPS (Bruno Coulais)
8. TRON L'HERITAGE (Daft Punk)
9. LA PIEL QUE HABITO (Alberto Iglesias)
10. X-MEN: LE COMMENCEMENT (Henry Jackman)

vendredi, décembre 30, 2011

Reprise de NFSC (5)

Pour fêter les trente ans de Radio Nova, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de l'émission du vendredi 30 décembre :

John Carpenter / Escape From New York (New York 1997) - Film de John Carpenter, 1981


Ennio Morricone / "Trilogie des animaux" : L'oiseau au plumage de cristal (1970), Le Chat à neuf queues (1971), Quatre mouches de velours gris (1971)




Goblins / Profondo Rosso - Film de Dario Argento, 1975


Ennio Morricone / Le Syndrome de Stendhal - Film de Dario Argento, 1996


Un grand merci à Nicolas pour ces belles émissions qui rappellent de bons souvenirs aux auditeurs fidèles de NFSC ! A bientôt !

jeudi, décembre 29, 2011

Reprise de NFSC (4)

Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de l'émission du jeudi 29 décembre :

Manfred Hubler - Siegfried Schwab / Vampiros Lesbos - Film de Jess Franco, 1971


Lubos Fiser / Valerie and Her Week of Wonders - Film de Jaromil Jires, 1970


Miklós Rózsa / Providence - Film d'Alain Resnais, 1977


R.D. Burman / Shalimar - Film de Krishna Shah, 1978


R.D. Burman / Sholay - Film de Ramesh Sippy, 1975


Masaru Satô / Goyôkin - Film de Hideo Gosha, 1969



Fred Avril - Xavier Jamaux / Sparrow
- Film de Johnnie To, 2008

Reprise de NFSC (1)

Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la première émission du lundi 26 décembre :

Henry Mancini / Wait Until Dark (Seule dans la nuit) - Film de Terence Young, 1967


Jerry Goldsmith / The Detective (Le Détective) - Film de Gordon Douglas, 1968


Michael Small / Klute
- Film de Alan J. Pakula, 1971


Michael Small / The Driver - Film de Walter Hill, 1978


David Shire / The Taking of Pelham One Two Three - Film de Joseph Sargent, 1974

mercredi, décembre 28, 2011

Reprise de NFSC (3)

Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la troisième émission du mercredi 27 décembre :


Michel Magne / De la part des copains
(Cold Sweat) - Film de Terence Young, 1970


John Barry / The Tamarind Seed (Top Secret) - Film de Blake Edwards, 1974


Laurie Johnson / The Avengers


Laurie Johnson / The New Avengers


Ennio Morricone / Città violenta (1970), Un Uomo da rispettare (1972)



Stanley Myers / Sitting Target (La Cible hurlante) - Film de Douglas Hickox, 1972

Reprise de NFSC (2)

Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la deuxième émission du mardi 27 décembre :

The Split / Quincy Jones (Le crime, c'est notre business) - Film de Gordon Flemyng, 1968


Gordon Parks / Shaft's Big Score (Les Nouveaux exploits de Shaft) - 1972


Roy Budd / The Black Windmill (Contre une poignée de diamants) - 1974


Lalo Schifrin / Magnum Force - 1973


A demain soir !

vendredi, septembre 23, 2011

Le plus beau western du monde ?



S'il y a chez les cinéphiles endurcis une certaine tendance à cracher dans la soupe (cf. les réactions aux articles de Serge Toubiana sur son blog), on ne peut que rendre justice à cette belle institution qu'est la Cinémathèque Française quand elle remplit son rôle de préservation du patrimoine cinématographique mondial. Un bel exemple en a été donné mercredi 21 septembre avec la projection de Wild Rovers (Deux hommes dans l'Ouest), unique western de Blake Edwards datant de 1971, projeté en version intégrale dans une copie tirée spécialement pour l'occasion.

Quelle meilleure façon pouvait-on trouver pour rendre hommage à ce grand réalisateur, décédé fin 2010, que de projeter son film dans la version la plus proche possible de celle qu'il souhaitait ? Avant la séance, Jean-François Rauger nous apprenait que la MGM avait à l'époque charcuté Wild Rovers, le trouvant trop noir. Le montage était donc passé de 136 à 106 minutes, perdant au passage 30 minutes ! La copie 35 mm qui nous était proposée était donc certainement la seule existante au monde.

Alors, qu'est-ce que ça donne quand un génie de la comédie se frotte au western ? D'abord, il faut remettre le film dans son contexte. En 1971, Blake Edwards sort du fiasco Darling Lili, film d'espionnage à grand spectacle avec sa femme Julie Andrews, échec énorme au box-office. Il se lance dans ce western tardif dont il écrit le scénario : la fuite de deux amis cowboys qui ont cambriolé une banque et tentent d'en profiter avant de mourir. Edwards ne s'interdit rien et brosse un portrait peu flatteur d'une Amérique en pleine construction. Mais il le fait avec beaucoup d'humanité et d'amour pour ses personnages.

Hanté par la mort

C'est une peu comme si Edwards avait tenté le western ultime : tout y est beau, les décors, la lumière, les paysages, les bêtes, les hommes aussi. Mais tout est hanté par la fin, la mort. Des le départ, Ryan O'Neal demande à William Holden s'il a peur de la mort. Et il répond que non. Les deux savent qu'elle est là, qu'elle les attend au détour de chaque chemin et que jamais ils ne pourront accomplir leur rêves s'ils ne forcent pas le destin. Profiter de la vie semble être la seule solution.

Le film est parsemé de longues discussions entre deux hommes qui cherchent des réponses à leurs angoisses. Des digressions qui ont dû effrayer les pontes de la MGM, lesquels ont sorti leurs ciseaux. On dit qu'Edwards a plongé dans la dépression après ce coup dur, et qu'il en a gardé une haine certaine pour le milieu hollywoodien, avec lequel il règlera ses comptes dans des films ultérieurs (notamment S.O.B., 1981).

Si Wild Rovers est un film bouleversant, c'est parce qu'il traite son sujet de front, sans mentir. Rarement aura-t-on vu aussi bien traité l'amitié entre deux hommes. Rarement aura-t-on vu l'Ouest américain dans toute sa splendeur, sa violence, ou peut-être chez Peckinpah. Si Wild Rovers est un grand film, c'est aussi grâce à la magnifique partition de Jerry Goldsmith, dont le thème épique accompagne l'aventure des deux héros jusqu'au dénouement tragique.


Parsemée de plages expérimentales, la bande-originale fait partie des réussites de son auteur et mérite sa place dans la discothèque de tout fan de musique de film.

Alors, ne ratez pas la dernière projection à la CF (lundi 10 octobre à 20h), et si vous n'êtes pas sur Paris, vous pouvez toujours vous rattraper avec le DVD disponible en import US.

dimanche, mai 08, 2011

TCM Classic Film Festival : le retour du refoulé


Los Angeles, fin avril 2011. L'impossible a eu lieu et cela, pour la deuxième année consécutive. Des vieux films, parfois oubliés, projetés sur écrans géants dans des palaces du cinéma, avec des copies restaurées, et en présence d'acteurs, réalisateurs, collaborateurs... On a beau se pincer, non, c'est bien vrai. Dieu sait pourtant que ce n'est pas trop la tendance du moment, surtout aux Etats-Unis, pays où les chaînes de produits culturels ferment les unes après les autres (le libraire Borders ferme plus d'un tiers de ses magasins). Entre une industrie cinématographique qui cherche à tout prix un nouveau modèle économique en misant sur la VOD (à tel point qu'un groupement de cinéastes s'est constitué pour adresser un courrier de protestation aux studios), et un public jeune qui délaisse le cinéma en salles pour s'adonner au téléchargement à gogo, quelle place reste-t-il pour l'héritage cinématographique universel ?

Le TCM Classic Film Festival, organisé par la chaîne du câble TCM, apporte une réponse éclatante, en mettant dans le feu des projecteurs le cinéma d'hier, sans effets spéciaux, ni 3D, en couleurs ou en N&B, parlant ou muet, mais toujours fabuleusement passionnant et actuel. Si la première édition du festival s'était penchée sur la naissance d'Hollywood, le thème retenu cette année était la comédie musicale et la musique de film. Belle occasion de rendre hommage à la musique fabuleuse de George et Ira Gershwin, avec la projection en soirée d'ouverture du chef d’œuvre de Vincente Minnelli, An American in Paris (1951).


En présence de sa fille Dorothy Herrmann, un autre hommage a été rendu au plus aventureux des compositeurs de musique de film hollywoodien, Bernard Herrmann, avec les projections de son premier film, Citizen Kane (1941), de son dernier Taxi Driver (1976) et de quelques autres, dont celui que le maître en personne préférait parmi tous : The Ghost and Mrs. Muir (1947).

Crédit photo : Jordan Strauss – © 2011 WireImage

Parmi les vétérans invités, deux géants du cinéma, toujours actifs malgré leur grand âge. Le premier, Kirk Douglas, 94 ans au compteur, fait preuve d'une vitalité à toute épreuve, malgré l'attaque dont il a été victime et qui l'a laissé avec une perte d'élocution dont il a su prendre le dessus ("Pour un gars qui a perdu la voix, je trouve que je parle beaucoup !", dira-t-il lors de la présentation du film de Stanley Kubrick Spartacus (1960)). Une carrière impressionnante et beaucoup d'humour pour ce fils de chiffonnier qui en a profité pour présenter un extrait de son récent one-man show où il discute avec lui-même trente ans plus tôt. Quant à savoir quel film il préfère dans sa carrière, il a cité Lonely Are The Brave, un western de 1962 avec Gena Rowlands, sorti en France sous le titre Seuls sont les indomptés.

Crédit photo : TCM

Jeune homme de 78 ans toujours élégant, Peter O'Toole a gravé pour l'éternité ses empreintes dans le ciment du Grauman's Chinese Theatre le samedi 30 avril, alors que retentissait le thème inoubliable de Lawrence of Arabia (1962). Les organisateurs lui ayant donné l'occasion de choisir un de ses films, c'est Becket (1964) qui a eu ses faveurs, magnifique drame historique réalisé par Peter Glenville, dans lequel il donne la réplique à un autre monstre sacré, Richard Burton. Complètement méconnu en France, ce film situé au XIIe siècle en Angleterre conte les rapports conflictuels entre la monarchie et le clergé. Lorsque l'archevêque de Canterbury meurt, le roi Henri II pense adoucir la situation en nommant son ami Thomas Becket pour reprendre la charge cléricale. Mais ce dernier, fidèle compagnon du roi jusqu'alors, se sent soudain investi par toutes les tâches qui lui incombent. Une opposition féroce voit donc le jour entre les deux hommes. Un grand film nominé à l'époque pour 12 Oscars à redécouvrir d'urgence en DVD, en attendant mieux.

Le cinéma muet n'était pas oublié avec la projection de The Cameraman (1928), excellent film de Buster Keaton, projeté avec un orchestre live. Kevin Brownlow, cinéaste et historien du cinéma, récipiendaire d'un Oscar d'honneur cette année, est revenu lors d'une conférence sur son combat pour sauver le patrimoine du cinéma muet.

Enfin, dans une programmation de trois jours très dense, il était parfois difficile de faire un choix entre des séances qui se chevauchaient. Des hommages à des figures disparues dans l'année ont été donnés : Sidney Lumet a été célébré avec la projo de Network (1976), sa satire du milieu de la télévision, description étonnamment juste des dérives de "l'infotainment", mariage contre nature de l'information et du spectacle dans lequel nous sommes toujours englués plus de trente ans après.

Crédit photo : TCM

Les 1.100 spectateurs du Grauman's Chinese étaient debout pour applaudir Julie Andrews, venue présenter le joyau de son ex-mari décédé le 15 décembre 2010, Breakfast at Tiffany's (1961). A cette occasion, elle en a profité pour répondre à la question que chaque cinéphile s'est posé au moins une fois dans sa vie : comment est-ce que c'est de jouer sous la direction de l'homme avec qui on couche ? A quoi elle a répondu : "Un jour, je tournai une scène d'amour, il est venu me voir et il m'a chuchoté à l'oreille : chérie, je sais que tu peux faire mieux !". De nombreux extraits des films de Blake Edwards ont été projetés pour rendre hommage à ce grand cinéaste, initiative à laquelle la Cinémathèque Française pourrait faire écho lors de sa prochaine saison.

Crédit photo : TCM

Enfin, le festival s'est achevé dimanche soir par deux événements entre lesquels il fallait choisir : Fantasia (1940) et West Side Story (1961). N'étant pas un grand fan de Walt Disney, le film de Jerome Robbins et Robert Wise a eu ma préférence. D'autant que le revoir dans le plus vieux des palaces cinématographiques hollywoodien, le Grauman's Egyptian Theatre, dans une copie 70 mm, et avec une présentation qui réunissait George Chakiris (Bernardo), Walter Mirisch (producteur) et Marni Nixon (Maria), ne se refuse pas. Marni Nixon (photo ci-dessus) a passé une bonne partie de sa carrière dans l'ombre et il était largement temps que son travail soit reconnu. C'est en effet elle qui a doublé la voix de Nathalie Wood pour les chansons de West Side Story, mais aussi Audrey Hepburn dans My Fair Lady (1964) et Deborah Kerr dans The King And I (1956). Lors d'une conférence tenue plus tôt, elle avait raconté que les studios de l'époque exigeaient que cette pratique soit tenue secrète, au point de la menacer de ne plus bosser dans l'industrie si elle révélait le pot aux roses !


Bref, une très bonne édition, dont le succès était probant vu les files d'attente (le public était deux fois plus nombreux que l'année dernière). A tel point que le festival est déjà reconduit pour l'année prochaine. Rendez-vous à Hollywood en 2012 et encore merci à TCM d'entretenir la flamme !

Le TCM Classic Film Festival a eu lieu à Los Angeles du 28 avril au 1er mai 2011.

jeudi, mars 24, 2011

Le fantôme de Kubrick à la CF


Ouverture du cycle Kubrick en présence de Christiane Kubrick, Jan Harlan, Marisa Berenson et Ken Adam hier soir à la Cinémathèque Française.

Très belle projection en numérique de Barry Lyndon (sauf que pendant les dix premières secondes du générique, pas d'image).

En ouverture de la soirée, témoignage vidéo filmé pour l'occasion de Kirk Douglas sur SK, assez émouvant : il a surtout insisté sur le fait qu'ils se disputaient souvent, mais que Kubrick avait souvent raison et qu'il était très sûr de lui.

Finalement, 2001 ne sera pas projeté en 70 mm, ils n'ont pas trouvé de copie !! Par contre, ce sera le cas pour Spartacus. 2001 sera projeté en numérique.

Serge Toubiana a remercié tous les partenaires. Il a insisté sur la mission éducative de la CF. Chaque jour, des groupes de lycéens et étudiants seront conviés à visiter l'exposition.

Christiane Kubrick a dit que Stanley aurait été très excité à l'idée de visiter cette expo et qu'elle aurait aimé qu'il soit là.

L'exposition dure jusqu'à la fin juillet. Orange Mécanique ne sera projeté que début juin, après le passage du film au festival de Cannes. Il sortira également en salles.

Vive Kubrick !

mercredi, février 09, 2011

Emission spéciale en hommage à John Barry

Medley James Bond / Amicalement Vôtre

Duke Ellington / The Jazz Party (morceau : Tymperturbably Blue)



John Barry / From Russia With Love (Film de Terence Young, 1963)


John Barry / The Knack... And How To Get It (Film de Richard Lester, 1965)



John Barry / Deadfall (Film de Bryan Forbes, 1968) (Chanson : My Love Has Two Faces, Shirley Bassey)


John Barry / Petulia (Film de Richard Lester, 1968)


John Barry / Americans (Morceau : Downtown Walker, album de 1975, réédité chez Universal Music France en 2009)


John Barry / Boom (Film de Joseph Losey, 1968)


John Barry / Deadfall (Film de Bryan Forbes, 1968)


John Barry / Nightgames (Film de Roger Vadim, 1980)


John Barry / The Specialist (Film de Luis Llosa, 1994)


John Barry / On Her Majesty's Secret Service (Film de Peter R. Hunt, 1969)


John Barry / Diamonds are forever (Film de Guy Hamilton, 1971)


Un grand merci à Nicolas Saada et sa fidèle réalisatrice, Isabelle Gornet, pour cette belle émission. C'était l'occasion de faire revivre, pendant un peu plus d'une heure, l'esprit de NFSC. Dommage que ce soit à l'occasion de la disparition d'un grand compositeur, mais ne boudons pas notre plaisir !