jeudi, février 06, 2014
Ennio Morricone triomphe à Paris
De retour chez nous après plus de sept années d'absence (son dernier concert en France remonte à octobre 2006 à Auxerre), le maestro italien de la musique de film Ennio Morricone se produisait à Paris Bercy mardi 04 février 2014 pour une soirée unique. Complet, le concert était certainement une des dernières occasions de voir le musicien et chef d'orchestre en action, ce qui n'a pas manqué d'attirer les foules (la salle a une capacité d'accueil de 17.000 personnes).
Si l'enceinte de Bercy est plus à même d'accueillir des événements sportifs ou des groupes de métal, de rock ou de variété, la présence d'un orchestre symphonique (en l'occurrence le Budapest Modern Art Orchestra) et d'un choeur lyrique (le Choeur Kodaly) dans l'enceinte énorme de ce qui ressemble plus à un stade couvert qu'à une salle de concert classique n'avait pourtant rien d'incongru. Sans rentrer dans des considérations trop poussées en termes d'acoustique, il faut avouer que le son amplifié des instruments à cordes et des cuivres était correct et que la palette sonore des oeuvres morriconiennes était respectée. L'orchestre était d'un bon niveau, mis à mal par moment par la comparaison des morceaux joués avec les originaux. En guise de hors-d'oeuvre, un documentaire consacré au maestro était projeté dans lequel il était interviewé et revenait en détails sur sa méthode de composition et sur sa carrière (ainsi que sur son fils). D'une durée beaucoup trop longue, la projection de ce film n'a pas manqué d'exaspérer le public, qui a marqué son impatience en sifflant.
Enfin, Ennio Morricone est monté sur scène et une salve énorme d'applaudissements l'accueillait. Sans plus de manières (il n'adressera la parole au public à aucun moment), il a ouvert ses grandes partitions et a entamé le concert avec ce qui était annoncé sur les panneaux latéraux comme le thème des Intouchables (1968) mais qui était le thème principal des Incorruptibles (The Untouchables, 1987). On pardonnera ces erreurs de crédits qui se répéteront tout au long de la soirée, et qui étaient reprises dans le programme. L'entrée en matière est majestueuse et donne le ton d'un concert qui va faire la part belle au Morricone lyrique et ample (le côté le plus spectaculaire de son oeuvre), mais qui donnera aussi un aperçu de son côté plus dissonant et expérimental.
Sans s'interrompre, l'orchestre enchaînait avec le magnifique "Thème de Deborah", extrait d'Il était une fois en Amérique (1984). La Légende du pianiste sur l'océan (1998) clôturait en beauté la première séquence du concert.
La suivante s'ouvrait sur l'ostinato au piano d'un obscur film italien de 1969 (H2S). Le morceau suivant a fait glousser de plaisir la foule (Le Clan des siciliens, 1969) avec ses deux thèmes enchaînés l'un à l'autre en une sorte de miracle mélodique toujours étonnant. Encore un thème ample et lyrique avec Love Circle (1969), puis une incursion d'autres instruments (batterie et clavier électronique) pour le thème d'un autre film tiré des oubliettes Maddalena (1971).
Après ces morceaux peu connus dans nos contrées, mais qui soutenaient pourtant très bien la comparaison avec les "grandes oeuvres", la pièce de résistance arrivait, au grand plaisir du public. L'hommage à Sergio Leone constituait sans nul doute la raison de la venue d'une majorité des fans français présents ce soir-là. Intitulée pompeusement "Mythe et modernité dans le cinéma de Sergio Leone", la séquence a vu l'entrée sur scène de la soprano Susanna Rigacci dont la voix et le souffle n'ont pas fait oublier la grande Edda del'Orso, mais ont fait illusion le temps d'égrener les classiques extraits du Bon, la brute et le truand (1966), à Il était une fois la révolution (1971) et Il était une fois dans l'ouest (1968). Après avoir atteint un premier pic dans l'applaudimètre, le compositeur toujours aussi peu chaleureux s'est éclipsé rapidement pour un entracte de vingt minutes.
En grande partie conforme à sa tournée de 2006, et aux autres nombreuses tournées du compositeur (qui doit être le musicien de musique de film qui joue le plus dans le monde entier), la set-list a donné un aperçu certes très superficiel de son oeuvre pléthorique (plus de 500 crédits sur IMDB). Les extraits étaient pourtant choisis avec goût et dénotaient l'exigence de l'homme, toujours soucieux d'allier popularité et engagement artistique, de faire coincider le plaisir, l'émotion avec le goût de la recherche sonore.
Le fameux thème "Chi Mai", extrait du Professionnel (1981) ouvrait avec ses violons lancinants la seconde partie, juste avant un extrait du mélancolique Cinéma Paradiso (1988). Les deux dernières séquences, Cinéma Social et Cinéma Lyrique Tragico Epique, ont mis également l'accent sur des oeuvres méconnues et des grands classiques. On notera dans la première la très belle partition du film de Brian De Palma, Casualties of War (1989), consacré à la guerre du Vietnam. Ainsi qu'une version endiablée du thème "Abolisson" du film complètement oublié de Gillo Pontecorvo Queimada (1969), qui a permis au choeur de montrer toute l'étendue de son talent.
Enfin, avec des extraits du Désert des Tartares (1976), et de Mission (1986), dont le thème grandiose a constitué l'apothéose de la soirée, Morricone a fait trembler le public, dont les acclamations enfiévrées et la standing-ovation ont fait revenir le maître pour trois reprises, dont une version de la mythique chanson "Here's to you", interprétée à l'origine en 1971 par Joan Baez dans le film Sacco et Vanzetti.
A bientôt 86 ans, Ennio Morricone continue de tourner dans le monde entier (il sera aux Etats-Unis en mars pour deux concerts exceptionnels, un à New York, l'autre à Los Angeles). Et continue de composer, plus pour le petit que pour le grand écran ces dernières années. Selon la presse, il aurait récemment cédé aux pressions de son épouse et composé une messe. Nul doute que ce génial compositeur, et grand travailleur devant l'Eternel, n'est pas prêt à rendre son tablier.
PS : ceux qui ont raté le passage du maestro à Paris peuvent se rattraper (un peu) en visionnant sur YouTube les nombreux extraits filmés avidement par les fans.
vendredi, octobre 25, 2013
Gravity : dans l'espace, personne ne vous entend crier
(Avertissement : à lire de préférence après avoir vu le film)
Là où 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) était une expérience physique et métaphysique, un trip, peut-être LE trip ultime, Gravity se place d'emblée sur une tout autre échelle. Ambitieux sur la forme, le film d'Alfonso Cuarón reste humble sur le fond en comparaison du chef-d'œuvre de Kubrick. Il se concentre sur la figure d'une femme brisée, qui n'a eu d'autre choix que de se lancer corps et âme dans son travail pour étouffer la douleur de la perte de son enfant. D'apparence modeste, l'enjeu n'en est pas moins existentiel : les incidents que rencontre le Docteur Ryan Stone lors de sa mission dans l'espace la poussent à se demander si elle a vraiment envie de continuer à se battre pour vivre. Le sort s'acharnant sur elle, découragée, désespérée, elle choisit de tourner le dos à la vie. "Personne ne m'attend sur Terre, personne ne me pleurera", se dit-elle. Avant de changer d'avis par le truchement habile de la narration.
Ecrit par Cuarón avec son fils, enfin sur nos écrans après une gestation de quatre ans et demi, Gravity emprunte le chemin exactement inverse des films à grand spectacle actuels qui poussent, à grandes pelletées de dollars et moult images de synthèse, le bouchon toujours plus loin vers des prouesses super-héroïques plus invraisemblables et ineptes les unes que les autres. Avec un Star Trek et un Superman de triste mémoire (entre autres), la couvée été 2013 aura montré les limites d'un cinéma dont l'essence même se tarit au fur et à mesure que la technologie permet tout et n'importe quoi. Rien de tel dans Gravity, qui invente et utilise une technologie complexe au service de la narration, et dont le but premier est d'immerger le spectateur dans l'espace.
Passons rapidement sur le procédé Dolby Atmos du Pathé Wepler (Paris, 18e) (photo-ci-dessus), dont les enceintes supplémentaires n'ont pas permis d'apprécier les subtilités et la puissance du mixage sonore tant le volume était trop élevé dans la salle. Visuellement, le film est simplement époustouflant. Le directeur de la photo attitré du réalisateur mexicain (et aussi de Terrence Malick) Emmanuel Lubezki a fait un travail incroyable, sachant la difficulté de simuler la lumière dans l'espace, perpétuellement changeante.
Le parti pris de réalisme s'applique à chacun des éléments du film :
- le scénario : il s'appuie sur un phénomène bien réel, le "syndrome de Kessler", qui désigne le fait que les satellites hors d'usage et les déchets laissés par d'anciennes missions spatiales ont engendré une quantité importante de débris risquant de provoquer un accident catastrophique. C'est le point de départ du film.
- la réalisation : si Kubrick imaginait en 1968 un monde futur dans lequel les voyages spatiaux seraient monnaie courante en le rendant plausible, Cuarón dépeint une réalité actuelle et nous la donne à voir et surtout à ressentir pour la première fois. Jamais depuis Avatar (2009) la 3D n'avait été autant au service de la narration en nous plongeant littéralement dans l'espace aux côtés de ces deux astronautes en prise avec le manque de gravité qui donne son titre au film.
Autre marque de fabrique du réalisateur, le plan-séquence accentue ici l'effet d'immersion, comme si nous étions piégés dans ces scaphandres, simples marionnettes dans l'espace, où chaque geste a des conséquences potentiellement mortelles.
- le jeu des acteurs enfin : vecteurs d'identification qui nous font ressentir le vertige du vide et la solitude de l'astronaute, et de l'homme en général.
Si Cuarón évoque Robert Bresson et son Condamné à mort s'est échappé (1956) pour parler de la fin de son film, il cite aussi la théorie de l'évolution de Darwin pour décrire la sortie de l'eau du personnage féminin, s'extrayant avec peine du liquide amniotique pour retrouver la terre ferme. L'image du Docteur Ryan Stone réussissant tant bien que mal à se lever sur le sable d'une plage après un voyage qui l'aura vue lutter contre la mort pour tomber littéralement du ciel n'est pas prête de s'effacer de nos mémoires.
Ceux qui prendront Gravity au premier degré risqueront de passer à côté d'un grand film, dont le propos est riche en métaphores et symboles. Dans la lignée des magnifiques Y tu mamá también (2001), Harry Potter and the Prisoner of Azkaban (2004), le meilleur Harry Potter, et Children of Men (2006), le nouveau film d'Alfonso Cuarón nous rappelle judicieusement l'une des qualités maîtresses du cinéma : faire vivre au public une expérience hors du commun, qui nous échappe dans la vie réelle. Et cela par le simple biais de l'image et du son. Mission accomplie.
NB : à la deuxième vision et suite à une discussion animée avec un ami, Gravity ne perd pas de sa superbe, mais révèle un peu plus quelques faiblesses qui ne manqueront pas de lui faire perdre quelques places dans mon classement annuel (mais ne l'empêcheront pas de faire le plein dans les salles, ouf !) :
- la parti pris de "réalisme" n'a certainement pas été poussé à bout, tant les erreurs factuelles sont légion, et tant l'utilisation appuyée de la musique n'a finalement que pour utilité de combler le fameux silence de l'espace,
- le personnage de George Clooney n'est absolument pas développé,
- les spectateurs ne sont pas dupes, la fameuse "suspension consentie de l'incrédulité" est trop largement dépassée par le cinéaste quand il multiplie inconsidérément les obstacles à la survie de son héroïne.
Gravity reste une expérience visuelle et sensorielle sans précédent, c'est peut-être son unique qualité, mais c'est déjà pas mal.
Bref, si un film n'a pas forcément besoin d'être véridique, on regrette la "caution scientifique" à laquelle le cinéaste et d'autres se raccrochent pour vanter les qualités du film. Le débat est ouvert. N'hésitez pas à réagir !!
jeudi, juillet 04, 2013
Le joli mai : un voyage dans le temps avec Chris Marker
Si la musique légère et élégante de Michel Legrand vient irradier les images noir et blanc du Joli mai, nul besoin de ce prétexte pour se pencher ici sur ce film signé Chris Marker et Pierre Lhomme.
La récente exhumation cannoise de ce documentaire poétique, social, politique, sorti en France en 1963, a permis de rendre un hommage tardif (après celui de la Cinémathèque Française) à Chris Marker, décédé le 29 juillet 2012, à l'âge de 91 ans.
Film rare, indisponible en vidéo (comme la plupart des films de Chris Marker), Le Joli mai propose un voyage temporel, à la manière du magnifique La Jetée (1962). En remontant cinquante ans en arrière, la voix d'Yves Montand nous entraîne dans un portrait de Paris et de ses habitants.
Tout commence par un très beau plan de l'ombre de la tour Eiffel sur le pont d'Iena, suivi par quelques perspectives de la capitale, mais très vite, le film descend dans les rues et part à la rencontre des Parisiens. Il ne les quittera plus pendant 02h16.
A une époque où la vie des gens ordinaires ne semble plus passionner personne, il est intéressant de voir à quel point la démarche des cinéastes était pertinente. En se penchant sur les désirs et les rêves de ce jeune couple (lui soldat, elle bientôt mère au foyer), de ce marchand de costumes focalisé sur son chiffre d'affaires, de ces deux architectes idéalistes, de ce jeune arabe victime d'abus policiers, et de beaucoup d'autres, Marker et son chef opérateur Pierre Lhomme brossent un portrait intime des habitants de la capitale, au plus près de leur vie de tous les jours. En se focalisant sur le particulier, ils touchent à l'universel - la formule est connue - mais elle fonctionne ici à plein. L'aspiration au bonheur, s'occuper de ses enfants, partir en vacances, l'ambition professionnelle, autant de préoccupations profondes qui traversent le temps, bien loin de l'anecdote ou du superficiel.
Dans une note d'intention rédigée en 1961, Marker écrivait : «Que repêchera-t-on de nos années à nous ? Peut-être tout autre chose que ce que nous y voyons de plus voyant.» C'est exactement ce qui se passe dans Le Joli mai.
Dans des décors de bidonvilles de banlieue ou d'immeubles haussmaniens noirs de crasse, le contexte de l'époque est agité, en pleine fin de la guerre d'Algérie. Dans un contexte de contrôle de l'information par l'Etat, les Parisiens semblent se désintéresser de la question algérienne et bottent en touche quand la caméra et le micro les sortent de l'anonymat. Le ras-le-bol vis-à-vis de la politique en général affleure à plusieurs reprises. On assiste aux manifestations suite aux événements du métro Charonne, à des mouvements sociaux. On écoute le discours d'un militant communiste, ou une discussion à bâtons rompus de trois soeurs.
Le regard est toujours juste, l'humour se mêle au drame, l'ironie laisse place à la tendresse. On n'est pas prêts d'oublier cette araignée qui se promène sur le costume de l'inventeur sans qu'il s'en aperçoive ou ces plans de chats moqueurs, l'animal fétiche de Marker.
Plus qu'un témoignage sur une époque révolue, Le Joli mai transcende son sujet pour constituer une mini Comédie humaine, où chaque sujet a la même importance et où la trivialité fait place à la vie. C'est ce regard de poète, attentif aux autres, qui faisait la particularité du cinéma de Chris Marker. Il nous manque beaucoup.
vendredi, avril 19, 2013
Renaissance d'un joyau parisien
Edifié en 1981, fermé depuis 1983, le Louxor a enfin retrouvé son lustre d'antan. Au pied du métro Barbès-Rochechouart, à cheval entre les 9e, 10e et le 18e arrondissements de Paris, ce magnifique cinéma a réouvert ses portes au grand public le jeudi 18 avril 2013.
D'inspiration art déco néo-égyptien, comme c'était la mode à l'époque, le Louxor n'etait peut-être pas le premier de son genre, mais il prouve aujourd'hui qu'il est bien l'un des plus beaux. A comparer, le Grauman's Egyptian Theater est certes plus spectaculaire, mais n'a pas le même charme. Grâce à la mairie de Paris et à d'opiniâtres associations de riverains, le Louxor a fait l'objet d'une restauration très soignée, et a même récupéré pour l'occasion deux salles supplémentaires, aux capacités plus réduites, mais pleines de charmes.
La salle principale est composée d'un verrière et de deux balcons. Un écran large, conforme aux attentes des spectateurs modernes, vient se poser devant le petit écran qu'on devine conforme à celui d'origine. Les frises et les sculptures murales ont retrouvé d'éclatantes couleurs, et les curieux ne manquent pas d'admirer l'élégance de ce temple du cinéma qui va se consacrer à la diffusion d'oeuvres d'art et essai, et cela sans publicité !
Jeudi 18h30. Je me fraye un chemin jusqu'au troisième étage. Une petite terrasse permet de siroter une bière en regardant passer ce métro dans lequel j'ai passé tant d'années à me demander pourquoi ce cinéma était fermé et quand est-ce qu'il allait réouvrir.
Le rêve est maintenant exaucé. C'est un petit miracle, qui ne risque pas de se produire pour le fameux Gaumont Palace, à quelques stations de là, bel et bien porté disparu lui.
Mais l'heure de la séance approche, je choisis de me faufiler jusqu'à l'orchestre, le premier étage étant complet. Les lumières s'éteignent, c'est presque dommage ! Mais nous sommes là pour voir un film, et pas n'importe lequel : The Grandmaster, le nouvel opus de Wong Kar-Wai.
Voir un film chinois consacré au kung-fu dans une salle d'inspiration égyptienne, voilà qui est curieux. Surtout quand on sait qu'il s'agit probablement du dernier film tourné avec la pellicule Fujifilm. La société japonaise a prévenu le réalisateur qu'elle cessait toute production vers la fin de la période de trois années qu'a nécessité le tournage du film, et c'est ce qui a décidé Wong Kar-Wai à en rester là.
Au risque de l'emphase, je dirais que comme toute œuvre d'art, The Grandmaster intrigue, élève et sublime notre existence. C'est un film qui donne un sens au cinéma : mouvement horizontal et vertical. Défilement des images et beauté des gestes. Quel meilleur écrin pour cela qu'un cinéma qui renaît de ses cendres ? Tel un Phoenix égyptien retrouvant sa splendeur d'antan.
Le film de Wong Kar-Wai montre deux destins parallèles et leur cheminement dans les arts martiaux. Des vies dédiées à cet art plus grand qu'un art : un mode de vie. Où puissance et grandeur d'âme importent plus que tout.
On sait le cinéaste hongkongais maître de la saudade. Ses films sont toujours empreints d'une mélancolie dans laquelle se tissent bonheur et regrets. Il le montre une nouvelle fois en utilisant le très beau "Deborah's Theme" de Once Upon A Time In America. Un autre grand film sur une époque révolue.
Ce qui montre, après Tarantino, à quel point l'oeuvre d'Ennio Morricone hante les cinéastes actuels.
Au risque de l'emphase, je dirais que comme toute œuvre d'art, The Grandmaster intrigue, élève et sublime notre existence. C'est un film qui donne un sens au cinéma : mouvement horizontal et vertical. Défilement des images et beauté des gestes. Quel meilleur écrin pour cela qu'un cinéma qui renaît de ses cendres ? Tel un Phoenix égyptien retrouvant sa splendeur d'antan.
Le film de Wong Kar-Wai montre deux destins parallèles et leur cheminement dans les arts martiaux. Des vies dédiées à cet art plus grand qu'un art : un mode de vie. Où puissance et grandeur d'âme importent plus que tout.
On sait le cinéaste hongkongais maître de la saudade. Ses films sont toujours empreints d'une mélancolie dans laquelle se tissent bonheur et regrets. Il le montre une nouvelle fois en utilisant le très beau "Deborah's Theme" de Once Upon A Time In America. Un autre grand film sur une époque révolue.
Ce qui montre, après Tarantino, à quel point l'oeuvre d'Ennio Morricone hante les cinéastes actuels.
mercredi, décembre 19, 2012
Le Hobbit : du nouveau avec de l'ancien
Il est rare de nos jours d'aller voir un film pour la rupture technologique qu'il apporte plutôt que pour ses qualités propres. C'est pourtant ce qui a motivé l'achat d'une place au prix fort dans un cinéma concurrent de mon circuit habituel (en l'occurrence le Pathé Wepler dans le 18e arrondissement de Paris) afin de découvrir le nouveau film de Peter Jackson : Le Hobbit : un voyage inattendu.
Il s'agit effectivement du premier film grand public à être tourné en 3D et en HFR (High Frame Rate), un procédé qui double le nombre d'images par secondes. Si les premières projections d'extraits du film en 48 images/secondes au mois de juillet dernier avaient provoqué la nausée chez certains spectateurs, il fallait juger sur pièce.
Comme le montre bien ce site, la différence entre les deux vitesses de tournage est flagrante : des contours plus nets, des mouvements très fluides, suppression de l'effet de flou quand un sujet se déplace à grande vitesse. Résultat : une image presque clinique, tellement précise qu'elle permet de voir le moindre détail (et les éventuels défauts).
Alors, comment est-ce que cette technologie s'adapte au cinéma ? Comment dépasser cette impression de captage vidéo ultra-réaliste pour s'immerger dans un univers fictif ? C'est toute la problématique de ce Hobbit, qui, lors des scènes d'intérieurs ou de dialogues donne l'impression d'assister à une sitcom, et qui, à la faveur de scènes d'action spectaculaires, stupéfait par la lisibilité de ses images.
Sans parler de l'immersion sonore totale du nouveau procédé Dolby Atmos, qui apporte "la verticalité du son" via la bagatelle d'une soixantaine d'enceintes disséminées dans toute la salle, notamment au-dessus du spectateur.
Cela fait des années que le grand Douglas Trumbull, génie des effets spéciaux (2001 : A Space Odyssey), cherche à augmenter la définition des images cinématographiques. Son procédé Showscan des années 80 était une tentative courageuse pour y arriver. Il milite maintenant ardemment pour le HFR et a réussi à se mettre dans la poche des réalisateurs comme James Cameron et Peter Jackson. Le premier a annoncé qu'il allait tourner les suites d'Avatar en 60 images/secondes. Le second travaille sur la post-production des deux suites du Hobbit, qui devraient contenir davantage de scènes d'action pures.
Alors, quelle impression ? Mitigée donc, sans parler du fait que le film de Peter Jackson souffre de problèmes de rythme et de longueurs qui font parfois retomber l'attention. Ce n'est peut-être pas le meilleur film pour juger cette technologie, et on attendra les suites pour se faire une autre idée.
Enfin, le gros avantage du HFR, c'est que la 3D passe comme une lettre à la poste, même après cent soixante-neuf minutes de projection. Et cela, c'est déjà énorme.
mercredi, février 08, 2012
Retour sur l'année 2011
Après ces fêtes de fin d'année qui ont marqué le retour inopiné de NFSC, il est temps de faire un petit bilan de l'année écoulée en termes de musique de film. Une année 2011 riche en découvertes et qui aura vu le retour en grande forme de valeurs confirmées. A commencer par l'un des derniers géants de la BOF (avec le grand Ennio), je parle de John Williams. Après une absence de trois ans des écrans, JW a fait son grand retour avec deux bandes originales. Tout d'abord, le Tintin de Spielberg, un album riche en thèmes et dont l'énergie folle est à la mesure du talent de ce grand monsieur. Puis, War Horse, sorti sur disque fin 2011 mais sur les écrans le 22 février prochain, où l'on découvre un JW plus introspectif, dont la tonalité s'approche de Harry Potter, en peut-être encore plus romantique.
Le compositeur ami de NFSC Cliff Martinez a déniché quelques morceaux d'électro imparables pour ouvrir la BO de Drive, avant d'y plaquer ses nappes de clavier atmosphérique pour une des réussites de l'année écoulée. Dans nos contrées, la bonne surprise est venue de The Artist, un superbe hommage à l'âge d'or hollywoodien signé Ludovic Bource, pour qui on croisera les doigts aux Oscar.
Autre chouchou de l'émission, le grand Howard Shore, qui signe lui aussi deux albums : celui, à mon avis mineur pour le dispensable Hugo Cabret de Scorsese, mais aussi la musique du nouveau Cronenberg, A Dangerous Method, treizième collaboration avec le réalisateur canadien ! Shore s'appuie sur un morceau tiré de l'opéra de Wagner, "L'Anneau des Nibelungen" pour bâtir une partition qui tire grand parti du piano et explore les gouffres intérieurs des personnages. Ainsi, la musique met au jour les sentiments que les personnages refoulent, permettant au spectateur de s'immerger dans leur psyché. Il est regrettable que ce film émouvant et subtil n'ait pas été évalué à sa juste mesure par la critique, qui s'attendait sûrement à autre chose de la part de Cronenberg.
Enfin, puisque c'est de saison, deux petites listes. La première, les films les plus marquants de l'année écoulée par votre serviteur, et la seconde, les BO à garder pour la rédaction de Cinézik. N'hésitez pas à envoyer les vôtres !
- Incendies / Denis Villeneuve / Canada
- Black Swan / Darren Aronofski / USA
- Essential Killing / Jerzy Skolimowski / Pologne
- Je veux juste que vous m’aimiez / Rainer Werner Fassbinder / Allemagne / 1976
- Melancholia / Lars Von Trier / Danemark-Suède
- Hors Satan / Bruno Dumont / France
- Les Aventures de Tintin / Steven Spielberg / USA
- Il était une fois en Anatolie / Nuri Bilge Ceylan / Turquie
- Shame / Steve McQueen / Angleterre
- The Tree of Life / Terrence Malick / USA
- A Dangerous Method / David Cronenberg / Angleterre
- Mission Impossible Ghost Protocol / Brad Bird / USA
Bilan rédaction Cinézik
1. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE (John Williams)
2. DRIVE (Cliff Martinez)
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS (Ernst Reijseger)
4. THE ARTIST (Ludovic Bource)
5. ARRIETTY ET LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS (Cécile Corbel)
6. HIDEAWAYS (Eric Neveux)
7. LA CLÉ DES CHAMPS (Bruno Coulais)
8. TRON L'HERITAGE (Daft Punk)
9. LA PIEL QUE HABITO (Alberto Iglesias)
10. X-MEN: LE COMMENCEMENT (Henry Jackman)
vendredi, décembre 30, 2011
Reprise de NFSC (5)
Pour fêter les trente ans de Radio Nova, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de l'émission du vendredi 30 décembre :
John Carpenter / Escape From New York (New York 1997) - Film de John Carpenter, 1981
Ennio Morricone / "Trilogie des animaux" : L'oiseau au plumage de cristal (1970), Le Chat à neuf queues (1971), Quatre mouches de velours gris (1971)
Goblins / Profondo Rosso - Film de Dario Argento, 1975
Ennio Morricone / Le Syndrome de Stendhal - Film de Dario Argento, 1996
Un grand merci à Nicolas pour ces belles émissions qui rappellent de bons souvenirs aux auditeurs fidèles de NFSC ! A bientôt !
John Carpenter / Escape From New York (New York 1997) - Film de John Carpenter, 1981
Ennio Morricone / "Trilogie des animaux" : L'oiseau au plumage de cristal (1970), Le Chat à neuf queues (1971), Quatre mouches de velours gris (1971)
Goblins / Profondo Rosso - Film de Dario Argento, 1975
Ennio Morricone / Le Syndrome de Stendhal - Film de Dario Argento, 1996
Un grand merci à Nicolas pour ces belles émissions qui rappellent de bons souvenirs aux auditeurs fidèles de NFSC ! A bientôt !
jeudi, décembre 29, 2011
Reprise de NFSC (4)
Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de l'émission du jeudi 29 décembre :
Manfred Hubler - Siegfried Schwab / Vampiros Lesbos - Film de Jess Franco, 1971
Lubos Fiser / Valerie and Her Week of Wonders - Film de Jaromil Jires, 1970
Miklós Rózsa / Providence - Film d'Alain Resnais, 1977
R.D. Burman / Shalimar - Film de Krishna Shah, 1978
R.D. Burman / Sholay - Film de Ramesh Sippy, 1975
Masaru Satô / Goyôkin - Film de Hideo Gosha, 1969
Fred Avril - Xavier Jamaux / Sparrow - Film de Johnnie To, 2008
Manfred Hubler - Siegfried Schwab / Vampiros Lesbos - Film de Jess Franco, 1971
Lubos Fiser / Valerie and Her Week of Wonders - Film de Jaromil Jires, 1970
Miklós Rózsa / Providence - Film d'Alain Resnais, 1977
R.D. Burman / Shalimar - Film de Krishna Shah, 1978
R.D. Burman / Sholay - Film de Ramesh Sippy, 1975
Masaru Satô / Goyôkin - Film de Hideo Gosha, 1969
Fred Avril - Xavier Jamaux / Sparrow - Film de Johnnie To, 2008
Reprise de NFSC (1)
Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la première émission du lundi 26 décembre :
Henry Mancini / Wait Until Dark (Seule dans la nuit) - Film de Terence Young, 1967
Jerry Goldsmith / The Detective (Le Détective) - Film de Gordon Douglas, 1968
Michael Small / Klute - Film de Alan J. Pakula, 1971
Michael Small / The Driver - Film de Walter Hill, 1978
David Shire / The Taking of Pelham One Two Three - Film de Joseph Sargent, 1974
Henry Mancini / Wait Until Dark (Seule dans la nuit) - Film de Terence Young, 1967
Jerry Goldsmith / The Detective (Le Détective) - Film de Gordon Douglas, 1968
Michael Small / Klute - Film de Alan J. Pakula, 1971
Michael Small / The Driver - Film de Walter Hill, 1978
David Shire / The Taking of Pelham One Two Three - Film de Joseph Sargent, 1974
mercredi, décembre 28, 2011
Reprise de NFSC (3)
Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la troisième émission du mercredi 27 décembre :
Michel Magne / De la part des copains (Cold Sweat) - Film de Terence Young, 1970
John Barry / The Tamarind Seed (Top Secret) - Film de Blake Edwards, 1974
Laurie Johnson / The Avengers
Laurie Johnson / The New Avengers
Ennio Morricone / Città violenta (1970), Un Uomo da rispettare (1972)
Stanley Myers / Sitting Target (La Cible hurlante) - Film de Douglas Hickox, 1972
Michel Magne / De la part des copains (Cold Sweat) - Film de Terence Young, 1970
John Barry / The Tamarind Seed (Top Secret) - Film de Blake Edwards, 1974
Laurie Johnson / The Avengers
Laurie Johnson / The New Avengers
Ennio Morricone / Città violenta (1970), Un Uomo da rispettare (1972)
Stanley Myers / Sitting Target (La Cible hurlante) - Film de Douglas Hickox, 1972
Reprise de NFSC (2)
Pour fêter la fin de l'année, Nicolas nous gâte avec quelques émissions exceptionnelles entre Noël et le jour de l'an, de 20h à 21h. Voici le tracklisting de la deuxième émission du mardi 27 décembre :
The Split / Quincy Jones (Le crime, c'est notre business) - Film de Gordon Flemyng, 1968
Gordon Parks / Shaft's Big Score (Les Nouveaux exploits de Shaft) - 1972
Roy Budd / The Black Windmill (Contre une poignée de diamants) - 1974
Lalo Schifrin / Magnum Force - 1973
A demain soir !
The Split / Quincy Jones (Le crime, c'est notre business) - Film de Gordon Flemyng, 1968
Gordon Parks / Shaft's Big Score (Les Nouveaux exploits de Shaft) - 1972
Roy Budd / The Black Windmill (Contre une poignée de diamants) - 1974
Lalo Schifrin / Magnum Force - 1973
A demain soir !
vendredi, septembre 23, 2011
Le plus beau western du monde ?
S'il y a chez les cinéphiles endurcis une certaine tendance à cracher dans la soupe (cf. les réactions aux articles de Serge Toubiana sur son blog), on ne peut que rendre justice à cette belle institution qu'est la Cinémathèque Française quand elle remplit son rôle de préservation du patrimoine cinématographique mondial. Un bel exemple en a été donné mercredi 21 septembre avec la projection de Wild Rovers (Deux hommes dans l'Ouest), unique western de Blake Edwards datant de 1971, projeté en version intégrale dans une copie tirée spécialement pour l'occasion.
Quelle meilleure façon pouvait-on trouver pour rendre hommage à ce grand réalisateur, décédé fin 2010, que de projeter son film dans la version la plus proche possible de celle qu'il souhaitait ? Avant la séance, Jean-François Rauger nous apprenait que la MGM avait à l'époque charcuté Wild Rovers, le trouvant trop noir. Le montage était donc passé de 136 à 106 minutes, perdant au passage 30 minutes ! La copie 35 mm qui nous était proposée était donc certainement la seule existante au monde.
Alors, qu'est-ce que ça donne quand un génie de la comédie se frotte au western ? D'abord, il faut remettre le film dans son contexte. En 1971, Blake Edwards sort du fiasco Darling Lili, film d'espionnage à grand spectacle avec sa femme Julie Andrews, échec énorme au box-office. Il se lance dans ce western tardif dont il écrit le scénario : la fuite de deux amis cowboys qui ont cambriolé une banque et tentent d'en profiter avant de mourir. Edwards ne s'interdit rien et brosse un portrait peu flatteur d'une Amérique en pleine construction. Mais il le fait avec beaucoup d'humanité et d'amour pour ses personnages.
Hanté par la mort
C'est une peu comme si Edwards avait tenté le western ultime : tout y est beau, les décors, la lumière, les paysages, les bêtes, les hommes aussi. Mais tout est hanté par la fin, la mort. Des le départ, Ryan O'Neal demande à William Holden s'il a peur de la mort. Et il répond que non. Les deux savent qu'elle est là, qu'elle les attend au détour de chaque chemin et que jamais ils ne pourront accomplir leur rêves s'ils ne forcent pas le destin. Profiter de la vie semble être la seule solution.
Le film est parsemé de longues discussions entre deux hommes qui cherchent des réponses à leurs angoisses. Des digressions qui ont dû effrayer les pontes de la MGM, lesquels ont sorti leurs ciseaux. On dit qu'Edwards a plongé dans la dépression après ce coup dur, et qu'il en a gardé une haine certaine pour le milieu hollywoodien, avec lequel il règlera ses comptes dans des films ultérieurs (notamment S.O.B., 1981).
Si Wild Rovers est un film bouleversant, c'est parce qu'il traite son sujet de front, sans mentir. Rarement aura-t-on vu aussi bien traité l'amitié entre deux hommes. Rarement aura-t-on vu l'Ouest américain dans toute sa splendeur, sa violence, ou peut-être chez Peckinpah. Si Wild Rovers est un grand film, c'est aussi grâce à la magnifique partition de Jerry Goldsmith, dont le thème épique accompagne l'aventure des deux héros jusqu'au dénouement tragique.
Parsemée de plages expérimentales, la bande-originale fait partie des réussites de son auteur et mérite sa place dans la discothèque de tout fan de musique de film.
Alors, ne ratez pas la dernière projection à la CF (lundi 10 octobre à 20h), et si vous n'êtes pas sur Paris, vous pouvez toujours vous rattraper avec le DVD disponible en import US.
dimanche, mai 08, 2011
TCM Classic Film Festival : le retour du refoulé
Los Angeles, fin avril 2011. L'impossible a eu lieu et cela, pour la deuxième année consécutive. Des vieux films, parfois oubliés, projetés sur écrans géants dans des palaces du cinéma, avec des copies restaurées, et en présence d'acteurs, réalisateurs, collaborateurs... On a beau se pincer, non, c'est bien vrai. Dieu sait pourtant que ce n'est pas trop la tendance du moment, surtout aux Etats-Unis, pays où les chaînes de produits culturels ferment les unes après les autres (le libraire Borders ferme plus d'un tiers de ses magasins). Entre une industrie cinématographique qui cherche à tout prix un nouveau modèle économique en misant sur la VOD (à tel point qu'un groupement de cinéastes s'est constitué pour adresser un courrier de protestation aux studios), et un public jeune qui délaisse le cinéma en salles pour s'adonner au téléchargement à gogo, quelle place reste-t-il pour l'héritage cinématographique universel ?
Le TCM Classic Film Festival, organisé par la chaîne du câble TCM, apporte une réponse éclatante, en mettant dans le feu des projecteurs le cinéma d'hier, sans effets spéciaux, ni 3D, en couleurs ou en N&B, parlant ou muet, mais toujours fabuleusement passionnant et actuel. Si la première édition du festival s'était penchée sur la naissance d'Hollywood, le thème retenu cette année était la comédie musicale et la musique de film. Belle occasion de rendre hommage à la musique fabuleuse de George et Ira Gershwin, avec la projection en soirée d'ouverture du chef d’œuvre de Vincente Minnelli, An American in Paris (1951).
En présence de sa fille Dorothy Herrmann, un autre hommage a été rendu au plus aventureux des compositeurs de musique de film hollywoodien, Bernard Herrmann, avec les projections de son premier film, Citizen Kane (1941), de son dernier Taxi Driver (1976) et de quelques autres, dont celui que le maître en personne préférait parmi tous : The Ghost and Mrs. Muir (1947).
Crédit photo : Jordan Strauss – © 2011 WireImage
Parmi les vétérans invités, deux géants du cinéma, toujours actifs malgré leur grand âge. Le premier, Kirk Douglas, 94 ans au compteur, fait preuve d'une vitalité à toute épreuve, malgré l'attaque dont il a été victime et qui l'a laissé avec une perte d'élocution dont il a su prendre le dessus ("Pour un gars qui a perdu la voix, je trouve que je parle beaucoup !", dira-t-il lors de la présentation du film de Stanley Kubrick Spartacus (1960)). Une carrière impressionnante et beaucoup d'humour pour ce fils de chiffonnier qui en a profité pour présenter un extrait de son récent one-man show où il discute avec lui-même trente ans plus tôt. Quant à savoir quel film il préfère dans sa carrière, il a cité Lonely Are The Brave, un western de 1962 avec Gena Rowlands, sorti en France sous le titre Seuls sont les indomptés.
Crédit photo : TCM
Jeune homme de 78 ans toujours élégant, Peter O'Toole a gravé pour l'éternité ses empreintes dans le ciment du Grauman's Chinese Theatre le samedi 30 avril, alors que retentissait le thème inoubliable de Lawrence of Arabia (1962). Les organisateurs lui ayant donné l'occasion de choisir un de ses films, c'est Becket (1964) qui a eu ses faveurs, magnifique drame historique réalisé par Peter Glenville, dans lequel il donne la réplique à un autre monstre sacré, Richard Burton. Complètement méconnu en France, ce film situé au XIIe siècle en Angleterre conte les rapports conflictuels entre la monarchie et le clergé. Lorsque l'archevêque de Canterbury meurt, le roi Henri II pense adoucir la situation en nommant son ami Thomas Becket pour reprendre la charge cléricale. Mais ce dernier, fidèle compagnon du roi jusqu'alors, se sent soudain investi par toutes les tâches qui lui incombent. Une opposition féroce voit donc le jour entre les deux hommes. Un grand film nominé à l'époque pour 12 Oscars à redécouvrir d'urgence en DVD, en attendant mieux.
Le cinéma muet n'était pas oublié avec la projection de The Cameraman (1928), excellent film de Buster Keaton, projeté avec un orchestre live. Kevin Brownlow, cinéaste et historien du cinéma, récipiendaire d'un Oscar d'honneur cette année, est revenu lors d'une conférence sur son combat pour sauver le patrimoine du cinéma muet.
Enfin, dans une programmation de trois jours très dense, il était parfois difficile de faire un choix entre des séances qui se chevauchaient. Des hommages à des figures disparues dans l'année ont été donnés : Sidney Lumet a été célébré avec la projo de Network (1976), sa satire du milieu de la télévision, description étonnamment juste des dérives de "l'infotainment", mariage contre nature de l'information et du spectacle dans lequel nous sommes toujours englués plus de trente ans après.
Crédit photo : TCM
Les 1.100 spectateurs du Grauman's Chinese étaient debout pour applaudir Julie Andrews, venue présenter le joyau de son ex-mari décédé le 15 décembre 2010, Breakfast at Tiffany's (1961). A cette occasion, elle en a profité pour répondre à la question que chaque cinéphile s'est posé au moins une fois dans sa vie : comment est-ce que c'est de jouer sous la direction de l'homme avec qui on couche ? A quoi elle a répondu : "Un jour, je tournai une scène d'amour, il est venu me voir et il m'a chuchoté à l'oreille : chérie, je sais que tu peux faire mieux !". De nombreux extraits des films de Blake Edwards ont été projetés pour rendre hommage à ce grand cinéaste, initiative à laquelle la Cinémathèque Française pourrait faire écho lors de sa prochaine saison.
Crédit photo : TCM
Enfin, le festival s'est achevé dimanche soir par deux événements entre lesquels il fallait choisir : Fantasia (1940) et West Side Story (1961). N'étant pas un grand fan de Walt Disney, le film de Jerome Robbins et Robert Wise a eu ma préférence. D'autant que le revoir dans le plus vieux des palaces cinématographiques hollywoodien, le Grauman's Egyptian Theatre, dans une copie 70 mm, et avec une présentation qui réunissait George Chakiris (Bernardo), Walter Mirisch (producteur) et Marni Nixon (Maria), ne se refuse pas. Marni Nixon (photo ci-dessus) a passé une bonne partie de sa carrière dans l'ombre et il était largement temps que son travail soit reconnu. C'est en effet elle qui a doublé la voix de Nathalie Wood pour les chansons de West Side Story, mais aussi Audrey Hepburn dans My Fair Lady (1964) et Deborah Kerr dans The King And I (1956). Lors d'une conférence tenue plus tôt, elle avait raconté que les studios de l'époque exigeaient que cette pratique soit tenue secrète, au point de la menacer de ne plus bosser dans l'industrie si elle révélait le pot aux roses !
Bref, une très bonne édition, dont le succès était probant vu les files d'attente (le public était deux fois plus nombreux que l'année dernière). A tel point que le festival est déjà reconduit pour l'année prochaine. Rendez-vous à Hollywood en 2012 et encore merci à TCM d'entretenir la flamme !
Le TCM Classic Film Festival a eu lieu à Los Angeles du 28 avril au 1er mai 2011.
jeudi, mars 24, 2011
Le fantôme de Kubrick à la CF
Ouverture du cycle Kubrick en présence de Christiane Kubrick, Jan Harlan, Marisa Berenson et Ken Adam hier soir à la Cinémathèque Française.
Très belle projection en numérique de Barry Lyndon (sauf que pendant les dix premières secondes du générique, pas d'image).
En ouverture de la soirée, témoignage vidéo filmé pour l'occasion de Kirk Douglas sur SK, assez émouvant : il a surtout insisté sur le fait qu'ils se disputaient souvent, mais que Kubrick avait souvent raison et qu'il était très sûr de lui.
Finalement, 2001 ne sera pas projeté en 70 mm, ils n'ont pas trouvé de copie !! Par contre, ce sera le cas pour Spartacus. 2001 sera projeté en numérique.
Serge Toubiana a remercié tous les partenaires. Il a insisté sur la mission éducative de la CF. Chaque jour, des groupes de lycéens et étudiants seront conviés à visiter l'exposition.
Christiane Kubrick a dit que Stanley aurait été très excité à l'idée de visiter cette expo et qu'elle aurait aimé qu'il soit là.
L'exposition dure jusqu'à la fin juillet. Orange Mécanique ne sera projeté que début juin, après le passage du film au festival de Cannes. Il sortira également en salles.
Vive Kubrick !
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