En cadeau de consolation, pour tenter de pallier à la disparition récente du grand compositeur anglais, Nicolas Saada reprendra exceptionnellement l'antenne de Radio Nova pour présenter une émission spéciale en son honneur.
Voici le communiqué de presse :
"Chères oreilles, Nicolas Saada, passionné de cinéma et activiste de la musique de films, rendra un bel hommage au musicien/compositeur britannique John Barry, disparu le 30 janvier dernier (à l’âge de 77 ans), en présentant un “NOVA FAIT SON CINEMA” exceptionnel ce mercredi 9 février 2011 sur NOVA, de 23h à 00h30. Pour celui qui restera, pour le plus grand nombre, le maître d’oeuvre des bandes originales de James Bond et de la musique culte d’Amicalement Vôtre, Nicolas Saada fera découvrir d’autres musiques, rares et inédites, du compositeur britannique...“NOVA FAIT SON CINEMA, SPECIAL JOHN BARRY” présentée par Nicolas Saada ce mercredi 9 février 2011, de 23h à 00h30, 90 minutes de compositions majestueuses..."
Rendez-vous mercredi !
lundi, février 07, 2011
John Barry n'est pas mort
Enfin si, et cela officiellement depuis le 31 janvier 2011, d'une crise cardiaque à son domicile d'Oyster Bay, New York. Mais son oeuvre, sa musique, ses mélodies resteront à jamais gravées dans le coeur de millions de gens dans le monde. John Barry avait 77 ans, et plus de 100 films derrière lui.
Ecouter du John Barry, c'est partir dans un voyage fabuleux. De tous les compositeurs de musique de film, c'est l'un des rares à avoir tant marqué l'inconscient collectif mondial, avec peut-être Bernard Herrmann, Ennio Morricone et John Williams. Des quatre, c'est le deuxième à partir, et comme le disent certains commentateurs, c'est un peu la fin d'une époque.
Si John Barry n'avait pas écrit pour le cinéma depuis 2001, et Enigma, c'est avant tout qu'il ne se reconnaissait plus dans le 7e art. Il avait tourné le dos à James Bond depuis longtemps et devenait de plus en plus exigeant avec les producteurs et réalisateurs. Sa musique n'était plus uniquement au service de l'écran mais existait indépendamment, d'où ses deux albums orchestraux qu'il convient d'écouter en boucle : Eternal Echoes et The Beyondness of Things.
Pour saluer ce grand artiste, dont les BO ont fait les grandes heures de Nova fait son cinéma, voici une série de liens à consulter pour se faire une idée de son travail. Elle sera complétée dans un avenir proche.
Un retour en détail sur sa carrière sur l'excellent site Underscore. Télérama revient également son parcours avec des extraits.
A lire cette interview sur le site des Inrocks.
Voici l'occasion d'écouter John Barry et sa belle voix profonde avec cette interview radiophonique qui date de 1993, dans laquelle il revient en détail sur son travail sur les bandes originales de James Bond. Il raconte son entière liberté lors de l'écriture de ces chansons, notamment de Goldfinger. C'était de toute sa carrière celle qu'il préférait. Voici une interprétation tout à fait fabuleuse de la chanson en live par Shirley Bassey.
John Barry raconte également que Harry Saltzman, un des producteurs de James Bond, détestait la chanson. Dire que l'on a failli passer à côté d'un chef d'oeuvre fait froid dans le dos.
Il évoque également l'importance énorme pour lui des notes mineures et l'influence qu'ont eu sur lui les compositeurs russes : Shostakovich, Prokofiev, Stravinsky. Son sens si aigu du drame découle de là.
Un grand merci à John Barry. Son oeuvre, si riche, sa musique, si puissante et délicate à la fois, dépassent de loin les limites de la musique pour le cinéma et font de lui un des plus grands compositeurs du 20e siècle.
mercredi, décembre 22, 2010
La liberté mais pas la vérité

Isabelle Giordano a encore raté une occasion de se taire lors de l'avant-première à la Cinémathèque Française du nouveau film de Peter Weir le 13 décembre dernier (où le cinéaste australien a reçu l'insigne d'officier des arts et des lettres des mains de Frédéric Mitterrand). Embauchée pour présenter la soirée, la journaliste a fait une tirade sur les films basés sur des histoires vraies, qui apportent soi-disant un supplément d'âme... Un cliché qui ne s'applique pas du tout à ce film. Mais pour le savoir, encore aurait-il fallu s'informer un minimum sur le sujet en question (ce qu'elle n'avait visiblement pas fait).
Les Chemins de la liberté (The Way Back), compte l'histoire de l'évasion d'un groupe de prisonniers d'un camp au cœur de la Sibérie en 1941. Après un périple de plusieurs milliers de kilomètres à pied, ils atteignent la Mongolie et au-delà, traversant des déserts puis la chaîne de l'Himalaya, trouvent refuge en Inde. Le film est inspiré d'un livre à succès sorti en 1956, écrit par Slamovir Rawicz et intitulé A marche forcée. Présenté comme un récit autobiographique et traduit dans 30 langues, le livre serait en réalité un roman entièrement inventé, ainsi que l'ont montré de nombreuses recherches, dont un documentaire de la BBC. Slamovir Rawicz fut bien un soldat polonais arrêté, torturé puis déporté par les Russes. Mais il ne s'est pas évadé. Il a été amnistié. De nombreux doutes planent sur la véracité de ce récit, et on est donc bien loin d'une "histoire vraie".
Quand au film de Peter Weir, il sortira en France le 26 janvier 2011, avec dans les rôles principaux, Colin Farrell, Ed Harris, Jim Sturgess et Saoirse Ronan. Récit d'aventure d'une bonne tenue, le film souffre toutefois d'une mise en image trop conventionnelle et on peine à y trouver la patte d'un réalisateur dont certains films ont marqué comme Picnic at Hanging Rock ou The Truman Show.
jeudi, juillet 29, 2010
Du Silence et des ombres

Deux figurines en savon représentant une petite fille et un petit garçon, une vieille montre qui fonctionne toujours, des gouaches, des pièces de monnaie, des billes, un sifflet, autant d'objets sortis d'une boîte en bois. Des enfants qui dessinent un oiseau. Une page qui se déchire. C'est le magnifique générique d'ouverture du film de Robert Mulligan, peut-être son plus grand, To Kill A Mockingbird, chez nous, Du silence et des ombres.
A cette époque (1962) où il y avait encore des génériques d'ouverture, dans le meilleur des cas, ils remplissaient une double fonction : donner le titre du film ainsi que le nom des interprètes et des techniciens, mais aussi et surtout, révéler d'emblée le cœur du film : son thème, son enjeu, son âme.
Stephen Frankfurt, crédité pour ce merveilleux générique, a su capter l'essence du film à la perfection. Quand le dessin de l'oiseau est déchiré, c'est l'innocence de l'enfance qui se trouve menacée, un danger encore inconnu qui rôde, une violence contenue mais bien réelle qui pointe. Ce n'est qu'à la toute fin du film que l'on peut comprendre réellement cette séquence de moins de trois minutes.
Si ce film est devenu l'objet d'un culte aux Etats-Unis, s'il est montré dans les écoles, si toutes sortes de personnalités le citent comme source d'influence, ce n'est bien entendu pas uniquement à cause de son générique. Alors, on pourra citer un excellent roman de Harper Lee ayant servi de base pour le scénario d'Horton Foote, une prestation inoubliable de Gregory Peck dans le rôle d'Atticus Finch (qui sera récompensé par l'Oscar), des enfants d'une rare justesse, et une partition d'une rare beauté d'Elmer Bernstein.
Cela fait beaucoup pour un seul film, mais à la réflexion, c'est bien de ça dont sont faits les chefs d'œuvres.
dimanche, juin 20, 2010
Robert Mulligan : un cinéaste avec du coeur

Il est parfois difficile de reconnaitre la patte d'un cinéaste. D'abord parce qu'ils ne sont pas tous des auteurs. Loin s'en faut. Ce serait plutôt même l'exception. Parfois, le style n'est pas suffisamment marqué (tout le monde n'est pas Bresson), parfois les thèmes abordés sont trop différents les uns des autres. Souvent, les films manquent d'intérêt et on ne prend même pas la peine de chercher un semblant de cohérence. Alors, que penser d'un cinéaste comme Robert Mulligan ? Son absence de style visuel le conduit au contraire à s'adapter à chaque genre et à le dynamiter de l'intérieur. Avec près de 20 films disséminés sur quarante ans de carrière, l'œuvre de Mulligan a abordé des genres très différents : western, fantastique, chronique sociale, comédie. Grâce à une rétrospective de la Cinémathèque Française, nous avons l'occasion de redécouvrir l'œuvre de ce cinéaste méconnu.
Si certains de ses films sont mondialement connus (Un été 42, Du silence et des ombres, L'Autre), d'autres sont tombés dans l'oubli. Les découvrir dans le désordre permet justement de dégager des points communs et de faire des constatations. Loin d'avoir la prétention de me substituer à Jean-Pierre Berthomé, l'éminent critique et historien du cinéma dont la conférence d'introduction au travail du cinéaste américain était tout à fait passionnante et éclairante, revenons brièvement sur un film de la dernière période. Si on a dit que Mulligan était attiré par le monde de l'enfance, par la mort, qu'il était un grand directeur d'acteur, ou qu'il avait le don pour s'entourer des meilleurs musiciens, la vision de Clara's Heart (Le secret de Clara, 1988) permet de mettre au jour une de ses grandes qualités : son humanisme.
Avant dernier film de Mulligan, Clara's Heart est une histoire de reconstruction. Une mère ayant perdu son bébé s'exile en Jamaïque et rencontre une femme de chambre qui la tire de sa dépression. L'entente est si forte que la mère la ramène à la maison pour s'occuper de son ado, qui la rejette au premier abord. Une belle amitié va se lier progressivement entre ces deux êtres en souffrance, fortifiée par l'environnement parental en pleine explosion. Mais la femme de chambre porte en elle un lourd secret et tente de se reconstruire également.
Seulement quelques années après son rôle marquant dans La Couleur pourpre, Whoopi Goldberg donne au personnage de la femme de chambre une intensité toute de retenue et de nuances, tandis que le jeune homme est joué avec brio par Neil Patrick Harris, dont c'est le premier rôle. Toujours sur le fil du rasoir, évitant de tomber dans le mélo ou la sensiblerie, Mulligan aborde ici un sujet rarement évoqué au cinéma, une amitié improbable et salvatrice, de celles qui façonnent des vies et permettent de surmonter l'horreur. Conteur des subtilités du cœur de l'homme et de la femme, Mulligan aime ses personnages et cela se voit. Il n'a pas besoin d'avoir recours à des artifices de mise en scène. Sa façon de les montrer simplement et d'une façon juste, sans aucune distanciation, les rend d'autant plus bouleversants. Au risque de froisser certains spectateurs, trop habitués au cynisme dominant et triomphant de notre époque.
vendredi, avril 30, 2010
Les vieilles stars du cinéma de retour à Hollywood

Des classiques du cinéma sur grand écran en plein centre d'Hollywood ? C'était l'événement de la semaine passée à Los Angeles, lors de la toute première édition du TCM Classic Film Festival. Du 22 au 25 avril, une large sélection de longs et courts métrages étaient présentés en plein centre de la Mecque du cinéma américain. Avec des invités de prestige (Martin Landau, Tony Curtis, Eva Marie Saint, Ernest Borgnine, Anjelica Huston,...) et des projections de films restaurés dans de belles copies, c'était une occasion unique de redécouvrir des œuvres mythiques. Et pour cela le mythe était au rendez-vous : 2001, l'odyssée de l'espace, Le Bon, la brute et le truand, Une étoile est née, La Mort aux trousses, Sunset Boulevard, et beaucoup d'autres chef d'œuvres étaient présentés.

Avec des salles pleines et une nouvelle édition d'ores et déjà annoncée pour l'année prochaine, le succès était au rendez-vous. Ce qui peut paraître surprenant, quand on sait que la plupart de ces films sont disponibles en DVD et ont déjà été vus et revus. Ce qui a attiré les foules était bien évidemment la perspective de voir ces classiques sur grand écran et avec un public enthousiaste et passionné. Ici, pas de sonnerie de portable ou de voisin bavard. Une même passion pour le cinéma. Et surtout la possibilité d'assister à des discussions, avant ou après les films, avec des acteurs, réalisateurs ou autres intervenants de prestige, qui venaient raconter avec des anecdotes parfois croustillantes, comment ces films ont été faits.

Martin Landau, Anjelica Huston, Ben Mankiewicz au festival TCM 2010 (crédit photo : Mark Hill, TCM)
Ce fut notamment l'occasion d'une discussion entre Martin Landau et Eva Marie Saint, juste avant la projection de La Mort aux trousses, d'Alfred Hitchcock, ainsi qu'une rencontre avec le spécialiste des effets spéciaux Douglas Trumbull, qui venait parler du 2001 de Kubrick, pour qui il a conçu la fameuse StarGate sequence. Il en a profité pour donner son avis sur la mode actuelle de la 3D* et parler de son travail actuel avec Terrence Malick.

A signaler aussi une projection de Péché mortel (Leave her to heaven, 1945), magnifique polar en couleurs de John M. Stahl, dans lequel Gene Tierney campe avec maestria une séduisante déséquilibrée. Darryl Hickman, l'acteur qui jouait le jeune garçon dont le personnage de Tierney souhaite vivement se débarrasser pour être seule avec son amoureux, était présent à l'issue de la séance. Il raconta que l'actrice restait dans son personnage y compris en dehors du tournage et qu'elle n'avait pas été très agréable avec lui (il avait 13 ans à l'époque). Il sortit de la fameuse séquence de baignade dans le lac, dont l'eau était glaciale, avec une pneumonie. Il parla aussi du sort réservé aux enfants acteurs, et de la force de caractère qu'il leur fallait pour résister aux pressions énormes qui s'abattaient sur leurs frêles épaules. Il annonça avec humour le montant colossal englouti dans la psychanalyse qu'il avait dû entreprendre...
Samedi soir, la grande salle du Grauman's Chinese Theater (1100 places) était envahie par les fans nostalgiques de la grande époque de John Travolta, pour une projection animée de La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977). Le réalisateur donna quelques éléments clés quant à la fabrication du film, qui demanda beaucoup de travail pour les séquences dans le night-club, et dont le succès étonna complètement le studio qui l'avait produit. Le reste fait partie de la légende.

Enfin, dernier jour dimanche, et conclusion en apothéose avec l'avant-première nord-américaine de la nouvelle édition de Metropolis (Fritz Lang, 1927). Le film, projeté en numérique, était accompagné d'une partition originale du Alloy Orchestra, groupe spécialisé dans l'accompagnement des films muets, dont les percussions se mariaient à ravir avec les images en noir et blanc de cette œuvre séminale du cinéma allemand. Les précieuses minutes supplémentaires retrouvées récemment en Argentine donnent une nouvelle richesse au film. Si Metropolis a tant influencé l'histoire du cinéma, c'est bien sûr à cause de ses décors futuristes, ses personnages hors du commun (la femme-robot), mais aussi pour le jeu de Brigitte Helm, qui passe d'un personnage à l'autre avec une aisance stupéfiante.
Une telle initiative, venant d'une chaîne câblée américaine, donne confiance quant à l'avenir du cinéma et si la moyenne d'âge des intervenants dépassait largement la cinquantaine, le public, lui, était de tous âges. Espérons que les rumeurs actuelles d'une édition parisienne de la manifestation soient fondées.
Jean-Christophe Manuceau
* signalons au passage un passionnant article de Roger Ebert sur la 3D, intitulé Why I Hate 3-D (And You Should Too), merci Christophe !
Ce blog a été déplacé
Ce blog est désormais accessible à l'adresse http://novafaitsoncinema.blogspot.com/. Vous allez être automatiquement redirigé dans 30 secondes. Sinon, cliquez ici. Pour les abonnés au flux, mettez à jour vos abonnements sur le site http://novafaitsoncinema.blogspot.com/feeds/posts/default.
mercredi, mars 10, 2010
Agostino ou l'impossible amour
Un jeune garçon de 13 ans, pas encore adolescent. Sa mère, riche et très belle femme qui le câline et le cajole à longueur de journée. Venise, l'été. Noir et blanc. Un homme arrive et charme la mère. Le garçon se sent rejeté. Il rencontre au cours d'interminables après-midi un groupe de jeunes voyous dont le manque d'éducation va justement faire la sienne. Il sera question de sexualité et d'une découverte qui aboutira en fin de parcours à une demande.
Agostino*, de Mauro Bolognini, date de 1962. Fort d'une carrière riche et trop méconnue, le réalisateur sortait à l'époque d'une collaboration avec Pasolini, et on peut sentir l'influence du poète italien sur ce film d'une rare beauté.
Ingrid Thulin rayonne dans le rôle d'une mère trop proche de son fils, et qui s'accroche à son petit homme, ou plutôt à l'idée qu'elle se fait de lui. Paolo Colombo, dans son unique rôle, fait preuve d'une grande subtilité. Son jeu est naturel et riche. Sans dialogue, il communique les affres de sa conscience. Rarement le passage à l'âge adulte d'un jeune garçon aura donné l'occasion d'un portrait aussi touchant.
Cette demande, qu'Agostino formule à la toute fin du film, est belle et simple. "Traites-moi comme un adulte", demande-t-il à sa mère. Le visage résigné de cette dernière en dit long sur le chemin qu'elle aussi a parcouru en l'espace de quelques jours d'été. Entre temps, Agostino a appris la réalité de l'amour physique (sans toutefois la connaître) et a perdu son innocence.
A la toute fin du film, alors que la voix off nous annonce qu'Agostino aura encore des épreuves difficiles à passer, on sait que sa vision des femmes sera marquée à jamais par cette mère si belle et si tendre. Proche et inaccessible.
* la magnifique partition du film est signée Carlo Rustichelli.
jeudi, décembre 17, 2009
Le cinéaste John Hughes tire sa réverence
Le réalisateur américain est mort le 6 août 2009 à l'âge de 59 ans. Connu pour ses portraits touchants d'adolescents, John Hughes avait mis un terme à sa carrière de réalisateur en 1991 pour se concentrer sur l'écriture de scénarios.
Avec des films comme The Breakfast Club (1985), et La Folle Journée de Ferris Bueller (1986), John Hughes était le spécialiste d'un genre appelé le teen movie, à une époque où cela ne rimait pas encore avec vulgarité et régression intellectuelle. Il y développait un sens aigu de l'observation et une capacité étonnante à décrypter les émotions contradictoires de jeunes adultes en devenir.
En 1994, il décide de changer de vie, part vivre à la campagne et refuse toute interview. Il se concentre sur l'écriture de scénarios, parfois sous le pseudonyme d'Edmond Dantès, en hommage au célèbre personnage d'Alexandre Dumas.
C'est ainsi qu'il devient le spécialiste des comédies familiales, en lançant notamment la série des Maman, j'ai raté l'avion, mais aussi Beethoven ou Les 101 Dalmatiens version ciné.
Les années 2000 ne seront pas ses meilleures, presque chaque projet étant signé Dantès. Citons le calamiteux Les Visiteurs en Amérique. Devenu alors fermier dans l'Illinois, le cinéma n'était plus au centre de ses intérêts.
John Hughes avait commencé sa carrière dans la publicité, puis avait travaillé comme rédacteur dans le fameux magazine satirique National Lampoon, avant de réaliser en 1984 son premier film, Sixteen Candles, qui fut un succès immédiat.
Son décès d'une crise cardiaque, le 6 août 2009, alors qu'il se promenait dans Manhattan, a déclenché une vive émotion aux Etats-Unis, où ses films des années 80 sont devenu cultes.
mercredi, octobre 07, 2009
The Killing of Sister George
Qui est Robert Aldrich ? Bien connu des cinéphiles, ce nom est moins évocateur pour le grand public, lequel a pourtant plébiscité en son temps ce cinéaste américain dont certains films ont battu des records d'entrées et marqué profondément la mémoire collective. Les plus connus dans une filmographie imposante - En quatrième vitesse (1955), Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les douze salopards (1967) - masquent quantité d'autres œuvres passionnantes, que la Cinémathèque Française a eu le bon goût de projeter à l'occasion d'une rétrospective intégrale.
Cinéaste caméléon, dont chaque film dévoile un peu plus la richesse d'inspiration, Aldrich est avant tout un artiste engagé, dont les films, tels des coups de poings, assènent une vision du monde dépourvue de filtres. Peu enclin aux compromis, quitte à se faire virer d'un studio (comme ce fut le cas sur le tournage de The Garment Jungle, 1957), il était le pionnier d'une certaine façon de filmer que les jeunes turcs du Nouveau Cinéma des années 70 développeront par la suite.
En bouleversant les codes et conventions, en abordant de front des sujets dérangeants, en prenant parti pour des personnages tour à tour laids, grotesques, mauvais, courageux, magnifiques, désemparés, Aldrich est surtout un cinéaste de l'humain, dans toute sa complexité.
Ayant abordé de nombreux genres cinématographiques, du western au film de guerre, du drame intimiste au film de sport, du polar au peplum en passant le thriller, Robert Aldrich aime aussi profondément le cinéma, dont il traite plus ou moins directement dans quatre grands films : Le Grand couteau (1955), Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Le Démon des femmes (1968) et Faut-il tuer Sister George ? (1968).
On s'attardera sur ce dernier, petit bijou empoisonné, qui mériterait comme c'est le cas aujourd'hui pour Le Démon des femmes, une réédition en bonne et due forme.
June Buckridge, surnommée "George", est la star d'un feuilleton TV anglais sur le déclin, dont les producteurs ont l'intention de se débarrasser en provoquant l'accident mortel de son personnage. George ne l'entend pas de cette oreille et décide de se battre pour garder son rôle. Femme d'âge mûr, elle partage sa vie avec la jeune "Childie", avec laquelle elle entretient une relation trouble, empreinte de soumission et de masochisme. Childie supporte de moins en moins les crises de sa maîtresse ainsi que son alcoolisme envahissant et finira par quitter ce nid plutôt destructeur.
Descente aux enfers d'une actrice sur le déclin, plongée dans l'intimité d'un couple homosexuel, le film avait choqué à sa sortie et garde quarante ans plus tard tout son pouvoir de subversion. Rarement le thème de l'homosexualité féminine aura été traité d'une façon aussi émouvante et dérangeante. En mêlant les rires aux larmes, Aldrich parvient à donner à ses personnages une épaisseur hors du commun. Rien de moins qu'un grand film, à découvrir en import DVD.
lundi, août 03, 2009
Psycho : de l'original à la copie
L'idée semblait au premier abord complètement ridicule. Réaliser un remake d'un classique de l'horreur, Psycho (1960), un film considéré aujourd'hui comme un des plus marquants de son auteur, Alfred Hitchcock. Une œuvre parfaite, comme on parle d'un crime parfait, dont chaque élément est à sa place : musique, jeu des acteurs, réalisation, montage. Hitchcock avait rempli son objectif, qui était de faire un bon film avec un petit budget et qui marquerait profondément le public.
Alors, pourquoi refaire Psycho* en 1998 ?
Cette idée un peu folle a germée dans la tête de Gus Van Sant, grand admirateur du film. Son but était de le faire connaître à une jeune génération de spectateurs, allergiques au noir et blanc, et pour qui le nom d'Hitchcock ne dit rien du tout. En partie hommage au cinéaste à l'embonpoint, en partie exercice de style, l'objet de ce remake n'était pas de supplanter l'original mais simplement de l'actualiser. Le découpage, la musique, les dialogues ont été conservés. Du noir et blanc somptueux de John L. Russell, on passe à la couleur de Christopher Doyle. Vince Vaughn remplace Anthony Perkins dans le rôle de Norman Bates, Anne Heche joue Marion Crane et Julianne Moore, sa sœur Lila.
Objet de curiosité, le Psycho nouveau est fait pour être projeté dans un musée, à côté de l'original. On s'adonnera alors avec délectation à l'exercice de la comparaison, en notant les décalages, les divergences. Van Sant s'amuse lui-même à pousser la fidélité à l'original en incorporant les faux-raccords et autres erreurs du film de 1960. Il ajoute également un dialogue trop osé pour l'époque, mais se permet d'incorporer sa marque "d'auteur". Et c'est là que l'on peut se permettre de douter de ses choix : citons en exemple la scène d'ouverture, quand Marion et son amant Sam Loomis (Viggo Mortensen) discutent dans leur chambre d'hôtel, alors que l'on entend les ébats d'un couple dans la chambre adjacente. Cela n'apporte rien au récit. Pire, quand Norman Bates espionne Marion Crane par le trou de son bureau, il se masturbe, ce qui n'était pas du tout le cas dans l'original. Expliciter ce qui n'était que suggéré, voilà bien le travers de notre époque.
D'autres choix posent question : dans la fameuse scène de la douche, Van Sant démarre la musique plus tard, et ajoute des plans de nuages (le leitmotiv du cinéaste). Dans la scène de meurtre du détective privé Arbogast, il ajoute quelques plans très courts sans aucun rapport avec la scène. Une manière comme une autre de s'emparer du matériau et de légitimer l'exercice, en l'occurrence assez stérile au niveau créatif ?
Peut-être.
Force est de constater que la comparaison n'est pas à l'avantage du remake. La performance des acteurs est bien en dessous de l'original. C'est surtout vrai dans le cas de Vince Vaughn, dont le jeu appuyé ne laisse pas beaucoup de doutes quant à l'équilibre mental de son personnage. L'utilisation de la couleur apporte un trop-plein d'informations et à part quelques améliorations techniques, les ajouts de cette nouvelle version sont sans intérêt.
Alors, mauvaise idée dès le départ ? Fort possible. Pourquoi ne pas avoir réédité l'original en faisant une restauration digne de ce nom, comme ce fut le cas pour Vertigo ? Si le Psycho de 1998 n'a pas drainé les foules (contrairement à son prédécesseur), c'est surtout parce que les adolescents d'aujourd'hui sont plutôt friands de films beaucoup plus gores, dans le genre Saw et autres Hostel. Et le rythme assez lent, typique d'un film des années 60, ne pouvait que les décevoir.
Sans parler du fait que voir le remake ne peut que gâcher l'élément de surprise pour celui qui souhaite découvrir l'original.
C'est évidemment le film d'Hitchcock qui restera dans les mémoires, et cet ersatz rejoindra le cabinet des curiosités, avec d'autres freaks du même acabit...
Extraits :
La scène de la douche originale
La même scène dans le remake
* projeté le 2 août 2009 à la Cinémathèque Française de Paris.
vendredi, juillet 10, 2009
The Keep : le Mann à redécouvrir
Deuxième film réalisé par Michael Mann en 1983, The Keep (La forteresse noire) a cumulé les handicaps. Le responsable des effets visuels, Wally Veevers (connu notamment pour son travail sur 2001, l'odyssée de l'espace et Superman) décède en plein milieu du tournage. Puis, c'est le premier montage de trois heures proposé par Mann au studio Paramount qui est refusé. Sorti dans une version d'1h30, descendu par la critique, le film sera un échec au box-office et malgré une sortie en laser-disc, il ne connaîtra jamais les faveurs du format DVD.
Situation bien regrettable tant le film possède de grandes qualités. Projeté au mois de juillet à la Cinémathèque française dans le cadre d'une rétrospective consacrée au réalisateur américain, The Keep raconte les déboires d'une garnison de nazis dont la mission est de garder une forteresse perdue dans les montagnes de la Roumanie en 1942. Décimés par une force mystérieuse qui cherche à se libérer de cette prison, les nazis font appel à un vieux Juif pour tenter de comprendre ce qui se passe.
Si la musique de Tangerine Dream peut paraître datée, si certains effets spéciaux semblent rudimentaires, il n'en reste pas moins que le film possède une réelle atmosphère, une photographie d'une grande beauté et bénéficie de la présence de grands comédiens, dont certains faisaient ici leurs débuts, notamment Gabriel Byrne, mais aussi Ian McKellen et Jürgen Prochnow.
Mêlant thriller et fantastique, le film aborde les thèmes qui parcourent toute la carrière de Mann : l'individualisme forcené, la lutte contre le mal, l'identification de la part de ce mal qui est en nous, l'amour comme porte de sortie. L'appellation de "grand film malade" convient bien à The Keep, ce qui n'empêche pas de l'apprécier en attendant une réhabilitation digne de ce nom.
mardi, juin 09, 2009
The Changeling : petit bijou de l'horreur
Oublions tout de suite le titre français, L'enfant du diable, complètement hors de propos pour ce film, dans lequel il n'est jamais question du diable. Et ne confondons pas non plus avec l'avant-dernier Eastwood, Changeling, avec Angelina Jolie.
D'abord, c'est quoi ce mot étrange, changeling ? Littéralement, c'est un bébé qui est secrètement utilisé pour prendre la place d'un autre bébé. Peut-être les traducteurs français avaient-ils confondu avec The Omen, où le bébé mort-né du personnage joué par Lee Remick était échangé avec le diable en personne.
Dans The Changeling, film canadien de 1980 réalisé par Peter Medak, réalisateur de Romeo is bleeding (1993) et de nombreuses séries TV (dont un épisode de Masters of Horror), John Russell, un compositeur joué par George C. Scott, assiste, impuissant, à l'accident de la route qui tue sa femme et sa fille. Cédant aux encouragements d'un couple d'amis, il s'installe dans la région de Seattle et loue une grande demeure historique, où il compte écrire et se reposer.
Dans cette maison, immense et inoccupée depuis 12 ans, John se trouve vite confronté à des manifestations sonores étranges, et va être contacté par le fantôme d'un jeune garçon, qui cherche à lui livrer son horrible secret.
Ce qui frappe dans ce film d'horreur épuré, c'est le refus des clichés. Les manifestations surnaturelles n'ont pas lieu à la tombée de la nuit mais en plein jour. La peur surgit dans le quotidien et les objets les plus courants deviennent menaçants. A l'instar d'un autre grand film, The Haunting (1963), la suggestion, l'invisible, le traitement du son, marquent plus l'esprit que n'importe quel monstre dégoulinant.
Pourquoi ce film est-il aujourd'hui oublié alors que son influence sur les générations suivantes est indéniable ? Difficile à dire.
Pourtant, il est grand temps de redécouvrir The Changeling en DVD (disponible uniquement en zone 1 pour l'instant) et de s'amuser à noter les filiations involontaires avec le chef d'œuvre de Kubrick sorti la même année, The Shining.
mercredi, mai 27, 2009
Sam Raimi rend hommage à Schifrin et Morricone
Dans son dernier film, Drag me to hell (Jusqu'en enfer), Sam Raimi utilise deux bandes-originales, et on ne peut que le remercier. Il s'agit de Rock Ballad (Unused Theme from The Exorcist) de Lalo Schifrin, et Non Rimane Piu Nessuno d'Ennio Morricone.
La question est de savoir à quel moment ces morceaux apparaissent dans le film. Une deuxième vision sera sûrement nécessaire... En attendant, il est intéressant de noter la provenance de ces pistes rares. Le Morricone est une petite comptine toute douce extraite de L'uccello dalle piume di cristallo, un giallo pur souche de Dario Argento, datant de 1970.
L'autre morceau est une petite ballade mélancolique, piano et cordes, sur fond de basse-batterie, du plus bel effet, rescapée du score rejeté par William Friedkin pour son Exorciste de 1973.
Alors amour du contre-emploi ? Esprit de contradiction ? Nul doute que Sam Raimi s'est bien amusé à caser ces petits bijoux dans son film, par ailleurs effrayant, histoire de mieux nous surprendre.
mercredi, mai 20, 2009
John Barry sous les mers
Toute une génération d'adolescents a été traumatisée par cette simple image. Il ne s'agit pourtant que d'une actrice, en l'occurrence Jacqueline Bisset, dans un film d'action sous-marin un peu désuet.
Réalisé par Peter Yates, plus connu pour le mythique Bullitt, The Deep (Les grands fonds en VF) s'ouvre par une séquence de plongée dans les eaux tempérées des Bermudes, pendant laquelle l'actrice ne porte que ce T-shirt blanc en guise de combinaison. Quelques années plus tard, l'actrice elle-même s'est bien gaussée dans la presse de ce qui a été perçu comme l'incarnation de l'érotisme exacerbé ("After filming The Deep (1977), all they talked about was my tits for the next four years. God, if I was going to do a picture like that, I'd have done it a lot sexier. That looked like two fried eggs on a platter.")
Mais ce n'est pas le seul attrait de ce film narrant les aventures d'un couple de plongeurs explorant une épave, dont les trésors sont également convoités par des truands locaux. La musique de John Barry, majestueuse, accompagne comme un ballet les séquences d'exploration, et amplifie les dangers rencontrés. Notons qu'elle reste moins mémorable que celle qu'il a composera pour Raise the Titanic trois ans plus tard.
Si les connections avec Les dents de la mer sont nombreuses (Peter Benchley a écrit les deux films, et Robert Shaw les interprète), le traitement musical reste bien différent. John Williams s'amuse à suggérer, créant comme à son habitude un leitmotiv dont il use et abuse pour jouer sur les nerfs du spectateur. Barry, lui, reste fidèle à son style ample et lyrique, qui donnera bientôt naissance à deux BO mythiques : The Black Hole et Somewhere in Time.
Quant à Jacqueline Bisset, considérée à l'époque de The Deep comme "la plus belle actrice de tous les temps" par le magazine Newsweek, elle poursuit tranquillement sa carrière éclectique avec des rôles au cinéma (Save the last dance 2) et à la télévision (Nip/Tuck).
jeudi, mai 14, 2009
Smorgasbord !
Ultime film réalisé par Jerry Lewis en 1983, Smorgasbord * (aussi connu sous le nom de Craking Up et T'es fou, Jerry ! en France), défie tout sens critique. Son humour, totalement ravageur, signale un génie, quoique capricieux, mais qui montre encore de belles étincelles. Le scénario se limite à un simple argument, prétexte à une série de gags ininterrompue. Jerry, éternel gaffeur, déclenche des catastrophes partout où il passe. Il cherche à se suicider, ce qui déclenche d'autres catastrophes. Il rend donc visite à un psy, qui va tenter de diagnostiquer son "mal".
Comme dans le buffet suédois qui a donné son nom au film, il y a ici à boire et à manger. Lorgnant parfois vers le Peter Sellers de la Panthère Rose, l'humour de Jerry Lewis est un mélange savant de grimaces, de situations, de sons et de cartoon. Certains gags sont excellents, d'autres tombent complètement à plat. Anachronique en 1983 (année du Retour du Jedi et de Flashdance), Lewis envisage le cinéma de la même façon que dans les années 60, période de son épanouissement en tant que réalisateur. Comme si les vieilles formules faisaient toujours recette, ce qui ne fut pas le cas à l'époque, le film ayant été sous-exploité et Lewis n'étant plus à la mode. Pourtant, Smorgasbord est drôle, notamment lors de la séquence d'ouverture, où le personnage n'en finit plus de glisser dans une pièce entièrement plastifiée.
Récompensé à la dernière cérémonie des Oscars par le Jean Hersholt Humanitarian Award, Jerry Lewis est désormais davantage reconnu dans son pays pour ses activités caritatives que pour sa carrière d'artiste. A 83 ans, il reste plus populaire en France. Invité au dernier Festival de Cannes pour annoncer la sortie l'année prochaine d'un film intitulé Max Rose, qui sera réalisé par Harry Inglee, il n'a pas manqué de faire le pitre, avec force mimiques irrésistibles, propos provocants et décousus, et un gag improvisé consistant à vider intégralement une bouteille d'eau sur la moquette d'un palace en pleine conférence de presse !
L'acteur interprètera un vieil homme qui surmonte la disparition de son épouse grâce à l'amour de sa fille, tout en revisitant les grands moments de sa vie.
Jerry Lewis espère que le film sera retenu dans la prochaine sélection cannoise. Notre rêve de cinéphile serait surtout de voir un jour son film perdu, The Day The Clown Cried, réalisé en 1972, l'histoire tragique d'un clown capturé par les nazis.
* projeté en mai 2009 à la Cinémathèque Française.
lundi, février 02, 2009
Nicolas fait son cinéma
Avec son premier long-métrage, Espion(s), Nicolas Saada traverse à nouveau le miroir, après un court-métrage plutôt réussi (Les parallèles, 2004). Passer de la critique à la réalisation n'est pas chose aisée, et il s'en sort avec les honneurs. De son amour intense du cinéma, il a su garder le meilleur et écarter l'anecdotique. Avec quelques références en tête, notamment Les Enchaînés, d'Hitchcock, il est parti d'un canevas connu (un homme simple embarqué dans des histoires extraordinaires) pour s'aventurer vers un paysage intime et personnel.
Si le film ne brille pas par ses scènes d'action, c'est simplement que l'enjeu est ailleurs. Espion(s) s'attache aux personnages et leur psychologie, et non à leurs baskets. La violence y est abrupte, surprenante, les sentiments à fleur de peau. Si Guillaume Cannet porte le film, c'est surtout Géraldine Pailhas qui éblouit par sa présence et la subtilité de son jeu. Les seconds rôles sont tous excellents.
D'une vision décalée de la capitale anglaise au score surprenant de Cliff Martinez, le film de Nicolas brille par sa singularité et son absence de compromis, à une époque où la gesticulation sans fin de pantins inexpressifs domine les écrans mondiaux (notamment les JB : Bond et autres Bourne).
La critique étant unanimement positive, espérons que le public sera au rendez-vous. Et que Nicolas trouvera le temps, entre deux projets, de nous redonner le plaisir d'écouter le cinéma à la radio, avec cette émission unique dont il a le secret : NFSC.
A bientôt Nicolas.
lundi, septembre 15, 2008
Houellebecq : la possibilité d'un film
Comme à son habitude, Michel Houellebecq déjoue les attentes, et surprend en réalisant une adaptation tout à la fois fidèle à l'esprit de son propre roman mais assez éloignée de sa forme.
A contrario, la volée de bois vert qui a salué la sortie de son premier long-métrage ne surprend guère et la plupart des articles ne donnent même pas l'impression que les journalistes ont tenté de rentrer dans le film. Pourtant, comme toute œuvre un tant soit peu anti-conventionnelle, "La Possibilité d'une île" demande qu'on s'y penche et qu'on laisse ses a-priori de côté.
Concentré sur le personnage d'un Daniel vidé de toute substance, nous suivons son histoire à travers les siècles sous une forme très concentrée. Le film laisse presque de côté les autres protagonistes du roman. Le résultat est à la fois intriguant et frustrant, le film ne durant qu'une heure vingt cinq minutes.
Reste toutefois des plans de paysages chaotiques d'une grande beauté et quelques envolées lyriques, surtout dans la deuxième partie.
Les pointes d'humour belge et un certain don pour créer des situations cocasses font le reste, et donnent à ce film toute sa saveur.
Les thèses défendues font peur à beaucoup : clonage, vie éternelle. Preuve s'il en est qu'un esprit dérangeant comme Houellebecq donne toute sa valeur au mot artiste.
PS : j'en profite pour vous prévenir que l'émission de Nicolas ne reprendra pas à l'occasion de cette rentrée. C'est bien dommage !
mardi, janvier 29, 2008
Sweeney Todd : une vie gâchée
Tragédie digne de Shakespeare, dont la sanglante pièce "Titus Andronicus" traite également de vengeance, Sweeney Todd reste plus proche du texte de Nabokov "Britva", dont elle semble s'inspirer. Publiée en 1926, cette très courte nouvelle raconte l'histoire d'un barbier qui reconnaît sous les traits de l'un de ses clients un ancien tortionnaire. Il se trouve face à un cas de conscience, sachant qu'un simple coup de rasoir suffirait à assouvir un sentiment de vengeance longuement nourri.
Pourtant, à la différence du personnage de la comédie musicale de Stephen Sondheim, le barbier de Nabokov décide que faire couler plus de sang ne changera rien et laisse échapper son ex-geolier sain et sauf, adoptant ainsi une posture morale digne.
Rien de tout cela chez Sondheim et Burton, dont le Sweeney Todd ne recule devant rien pour assouvir sa pulsion destructrice, qui va l'entraîner lui-même dans la mort. Ce thème de la vengeance a été introduit relativement récemment dans la longue chronologie qui a conduit cette histoire jusqu'à nous. Apparue au milieu du 19ème siècle dans un journal de fiction bon marché destiné aux classes laborieuses de l'Angleterre de la révolution industrielle, elle n'a cessé de se développer. C'est en 1973 que Christopher Bond signe une adaptation théâtrale contenant les grandes idées que Stephen Sondheim reprendra pour composer sa comédie musicale six ans plus tard.
Tim Burton et son scénariste, John Logan (dont la carrière éclectique l'a vu travailler sur Gladiator, Star Trek : Nemesis, Le Dernier Samourai ou encore l'excellent Aviator de Scorsese) ont dû affronter la tâche difficile de passer d'un spectacle de trois heures à un film de deux, tout en restant fidèle à cette histoire très connue du public anglo-saxon. Pour cela, ils se sont concentrés sur les trois personnages principaux (Sweeney, Mrs Lovett et Toby), ont écarté quelques chansons et en ont raccourci d'autres. Le résultat est à la hauteur des espérances comme on peut le constater en salles actuellement mais aussi sur disque : attention toutefois de se procurer l'édition américaine de la BO, la française éditée par Warner étant incomplète. Très bonne écoute !
jeudi, janvier 10, 2008
Des trésors bien cachés
S'il était encore nécessaire de prouver aux sceptiques l'immense intérêt de cette belle invention qu'est Internet, il suffirait de leur faire découvrir quelques-uns des sites les plus utiles de la toile : wikipedia, facebook, google et consorts... C'est pourtant l'arbre qui cache la forêt et ce ne serait pas rendre justice à l'extraordinaire richesse disponible en ligne. Car Internet ne se dévoile pas toujours facilement : c'est un territoire accidenté, complexe, dense comme une jungle dont chaque recoin ouvre vers d'autres jungles miniatures. On y trouve en général des pépites quand on ne les cherche pas et au moment où on s’y attend le moins. C’est de cette façon que je suis tombé un jour sur un site intriguant, appelé Rare Soundtracks Vault. Les fans de musique de film savent que la musique au cinéma revêt plusieurs visages, a plusieurs vies et passe bien souvent le plus clair de son temps oubliée dans des boites ou des coffres sous la forme de bandes ou de pellicules 35 mm plutôt mal entretenues. On peut identifier facilement trois versions différentes d’une musique de film : celle que l’on entend dans le film, celle que le compositeur a composée, et la version éditée en CD (et/ou maintenant en MP3). Il y a souvent de grandes différences entre ces versions : en effet, le passage au CD donne souvent au musicien la chance de faire connaître l’intégralité de son travail, alors que le film n’en gardait qu’une partie ou dans le cas d’un rejet, rien. L’exemple récent le plus frappant est la partition rejetée de Gabriel Yared pour le film Troy (2004), dont l’enregistrement était terminé mais mis au rebus, et remplacé par un autre concocté dans l’urgence. Impossible avant l’avènement d’Internet de se procurer ces bandes, à moins de payer à prix d’or des bootlegs à la qualité douteuse. C’est désormais à la portée de tous, en quelques clics bien sentis.
Il restait à s’occuper de toutes ces musiques de films oubliées, que la postérité s’est chargée d’effacer de la mémoire collective, et dont la commercialisation ne présente qu’un intérêt bien modeste. L’auteur de ce blog a relevé le défi et avec une belle maîtrise technique (qu’il partage d’ailleurs généreusement sur une des pages de son site) donne vie à des scores inédits, rares, et parfois improbables ! En extrayant la musique du DVD ou de la cassette VHS du programme en question, en effectuant un travail savant de nettoyage, d’effacement des voix / effets sonores et de montage, il parvient à donner vie à ces orchestrations que l’on pensait définitivement perdues. Et il y en a pour tous les goûts : du magnifique (John Barry, John Williams), du kitsch (les séries TV L’homme de l’Atlantide, Sankuokai), du bizarre (le jamais édité Zardoz), des curiosités (le Condorman de Henry Mancini). Un travail de passionné fait avec beaucoup de sérieux et qui a le mérite de donner une deuxième vie à ces œuvres éphémères que sont les musiques au cinéma. Les fans de John Barry seront particulièrement gâtés par une sélection de BO rares (The Black Hole (photo), Hanover Street, Svengali, The Deep, Touched By Love). L’auteur va jusqu’à donner deux versions de son travail, une contenant son montage et l’autre sans, afin d’apprécier le film sous toutes ses coutures.
C’est un plaisir subtil de savourer un film sans ses images : les souvenirs assaillent quand ils le peuvent, sinon l’imagination prend le relais. On sourit souvent tout seul, le casque sur les oreilles, et on se dit qu’un bon film peut tout autant s’écouter que se voir. Un grand merci donc à l’auteur mystérieux de ce blog et longue vie à cette aventure passionnante... Rendue possible par le net.
Inscription à :
Articles (Atom)

