dimanche, juin 15, 2014

2001 : difficile odyssée à la Cinémathèque



Nul doute que Stanley Kubrick aurait eu quelques sueurs froides s'il avait assisté à la projection de son film 2001, A Space Odyssey, samedi soir à la Cinémathèque Française. Le chef d'oeuvre de la science-fiction, sorti en 1968, était projeté dans le cadre d'un hommage au (presque) défunt format 70 mm, le plus prestigieux de tous les formats analogiques, qui connut son heure de gloire dans les années 50/60.

Malgré la beauté des images du film - la modernité des effets spéciaux de 2001 n'a toujours pas été surpassée (dixit l'enthousiaste Nicolas Saada qui faisait partie des spectateurs) - et la joie d'assister à une projection dans un format devenu rare sur nos écrans, force est de constater que le plaisir a été un peu gâché. Tout d'abord, l'état de la copie trahissait son âge et si l'image était plutôt correcte, un problème de son ajouta un effet de "battement de coeur" à un petit tiers du film. Mais le plus gênant concernait les conditions de projection et force est de constater que les projectionnistes de la Cinémathèque n'ont pas été à la hauteur de leur excellente réputation : le son était trop fort (on se serait cru chez UGC, c'est dire), et deux décadrages (suite à des passages de sections de pellicule) ont affecté l'image et gâché la séquence de l'arrivée sur Jupiter après le fameux passage dans la Porte des Etoiles.

D'aucuns diront que ce sont des pinaillages, pourtant la comparaison avec d'autres projections du film, notamment en 2001 au (pour l'instant toujours fermé) Gaumont Grand Ecran Italie, sont en défaveur de celle d'hier soir. On pourrait aussi argumenter que ces problèmes liés à la projection d'un film à un format par essence fragile font partie de l'expérience analogique. Il est vrai que nos yeux dorénavant habitués à la "perfection" des projections numériques s'accoutument mal des imperfections du 70 mm, même quand celui-ci créé comme nous l'avons vu hier soir d'incroyables effets involontaires (tâches, rayures, sons additionnels, manque de netteté). L'impression générale était d'assister à un spectacle vivant, la projection en 70 mm accentuant la chaleur, le côté pulsatif du cinéma (en opposition avec la froideur numérique du 2K ou du 4K, bientôt du 8K).

Film fondateur de la science-fiction moderne, objet de vénération ou de détestation, bloc de mystère (à l'image du fameux monolithe), 2001, A Space Odyssey garde quarante-six ans après sa sortie toute sa force et son irréductible poésie. Quel film dans l'histoire du cinéma a suscité plus d'exégèses, de livres, de projets éditoriaux, d'interrogations, de curiosité ? On prolongera à profit la vision de 2001 par la lecture du roman d'Arthur C. Clarke, écrit en même temps que le tournage du film, et publié quelques mois après sa sortie. De nombreuses différences apparaissent entre les deux oeuvres et prolongent la sensation d'une oeuvre unique et protéiforme conçue à quatre mains par deux génies (le mot n'est pas trop fort). Ceux en quête d'une explication pourront y trouver des détails que le film omet, même si le roman garde également sa part de mystère, notamment dans son dernier chapitre. Les suites écrites plus tard par Clarke prolongent le plaisir et la réflexion sur la rencontre avec une civilisation extra-terrestre et le film de Peter Hyams, 2010 (1984), suscite de nouvelles interrogations et reste honnête même s'il n'atteint évidemment pas les cimes du film de Kubrick.

Pour conclure, disons que si l'enthousiasme des deux auteurs concernant le futur de l'exploration spatiale les a menés à inventer des mondes qui sont très loin d'être devenus des réalités (notamment en ce qui concerne une hypothétique base spatiale sur la Lune), leur vision d'une époque où les voyages spatiaux deviendraient possible n'est plus très loin de se réaliser. Après l'Agence spatiale fédérale russe, la société Virgin Galactic de Richard Branson s'apprête à envoyer de richissimes humains dans l'espace pour des vols de 3 à 4 minutes en apesanteur, à une altitude de 100 kilomètres. Merci qui ?

Notons également la sortie prochaine chez Taschen d'un livre monumental (et donc dispendieux) sur le film non moins monumental de Kubrick/Clarke. La folle aventure de 2001, A Space Odyssey n'a pas fini d'intriguer.


jeudi, février 06, 2014

Ennio Morricone triomphe à Paris



De retour chez nous après plus de sept années d'absence (son dernier concert en France remonte à octobre 2006 à Auxerre), le maestro italien de la musique de film Ennio Morricone se produisait à Paris Bercy mardi 04 février 2014 pour une soirée unique. Complet, le concert était certainement une des dernières occasions de voir le musicien et chef d'orchestre en action, ce qui n'a pas manqué d'attirer les foules (la salle a une capacité d'accueil de 17.000 personnes).
Si l'enceinte de Bercy est plus à même d'accueillir des événements sportifs ou des groupes de métal, de rock ou de variété, la présence d'un orchestre symphonique (en l'occurrence le Budapest Modern Art Orchestra) et d'un choeur lyrique (le Choeur Kodaly) dans l'enceinte énorme de ce qui ressemble plus à un stade couvert qu'à une salle de concert classique n'avait pourtant rien d'incongru. Sans rentrer dans des considérations trop poussées en termes d'acoustique, il faut avouer que le son amplifié des instruments à cordes et des cuivres était correct et que la palette sonore des oeuvres morriconiennes était respectée. L'orchestre était d'un bon niveau, mis à mal par moment par la comparaison des morceaux joués avec les originaux. En guise de hors-d'oeuvre, un documentaire consacré au maestro était projeté dans lequel il était interviewé et revenait en détails sur sa méthode de composition et sur sa carrière (ainsi que sur son fils). D'une durée beaucoup trop longue, la projection de ce film n'a pas manqué d'exaspérer le public, qui a marqué son impatience en sifflant.


Enfin, Ennio Morricone est monté sur scène et une salve énorme d'applaudissements l'accueillait. Sans plus de manières (il n'adressera la parole au public à aucun moment), il a ouvert ses grandes partitions et a entamé le concert avec ce qui était annoncé sur les panneaux latéraux comme le thème des Intouchables (1968) mais qui était le thème principal des Incorruptibles (The Untouchables, 1987). On pardonnera ces erreurs de crédits qui se répéteront tout au long de la soirée, et qui étaient reprises dans le programme. L'entrée en matière est majestueuse et donne le ton d'un concert qui va faire la part belle au Morricone lyrique et ample (le côté le plus spectaculaire de son oeuvre), mais qui donnera aussi un aperçu de son côté plus dissonant et expérimental.
Sans s'interrompre, l'orchestre enchaînait avec le magnifique "Thème de Deborah", extrait d'Il était une fois en Amérique (1984). La Légende du pianiste sur l'océan (1998) clôturait en beauté la première séquence du concert.
La suivante s'ouvrait sur l'ostinato au piano d'un obscur film italien de 1969 (H2S). Le morceau suivant a fait glousser de plaisir la foule (Le Clan des siciliens, 1969) avec ses deux thèmes enchaînés l'un à l'autre en une sorte de miracle mélodique toujours étonnant. Encore un thème ample et lyrique avec Love Circle (1969), puis une incursion d'autres instruments (batterie et clavier électronique) pour le thème d'un autre film tiré des oubliettes Maddalena (1971).


Après ces morceaux peu connus dans nos contrées, mais qui soutenaient pourtant très bien la comparaison avec les "grandes oeuvres", la pièce de résistance arrivait, au grand plaisir du public. L'hommage à Sergio Leone constituait sans nul doute la raison de la venue d'une majorité des fans français présents ce soir-là. Intitulée pompeusement "Mythe et modernité dans le cinéma de Sergio Leone", la séquence a vu l'entrée sur scène de la soprano Susanna Rigacci dont la voix et le souffle n'ont pas fait oublier la grande Edda del'Orso, mais ont fait illusion le temps d'égrener les classiques extraits du Bon, la brute et le truand (1966), à Il était une fois la révolution (1971) et Il était une fois dans l'ouest (1968). Après avoir atteint un premier pic dans l'applaudimètre, le compositeur toujours aussi peu chaleureux s'est éclipsé rapidement pour un entracte de vingt minutes.

En grande partie conforme à sa tournée de 2006, et aux autres nombreuses tournées du compositeur (qui doit être le musicien de musique de film qui joue le plus dans le monde entier), la set-list a donné un aperçu certes très superficiel de son oeuvre pléthorique (plus de 500 crédits sur IMDB). Les extraits étaient pourtant choisis avec goût et dénotaient l'exigence de l'homme, toujours soucieux d'allier popularité et engagement artistique, de faire coincider le plaisir, l'émotion avec le goût de la recherche sonore.

Le fameux thème "Chi Mai", extrait du Professionnel (1981) ouvrait avec ses violons lancinants la seconde partie, juste avant un extrait du mélancolique Cinéma Paradiso (1988). Les deux dernières séquences, Cinéma Social et Cinéma Lyrique Tragico Epique, ont mis également l'accent sur des oeuvres méconnues et des grands classiques. On notera dans la première la très belle partition du film de Brian De Palma, Casualties of War (1989), consacré à la guerre du Vietnam. Ainsi qu'une version endiablée du thème "Abolisson" du film complètement oublié de Gillo Pontecorvo Queimada (1969), qui a permis au choeur de montrer toute l'étendue de son talent.

Enfin, avec des extraits du Désert des Tartares (1976), et de Mission (1986), dont le thème grandiose a constitué l'apothéose de la soirée, Morricone a fait trembler le public, dont les acclamations enfiévrées et la standing-ovation ont fait revenir le maître pour trois reprises, dont une version de la mythique chanson "Here's to you", interprétée à l'origine en 1971 par Joan Baez dans le film Sacco et Vanzetti.

A bientôt 86 ans, Ennio Morricone continue de tourner dans le monde entier (il sera aux Etats-Unis en mars pour deux concerts exceptionnels, un à New York, l'autre à Los Angeles). Et continue de composer, plus pour le petit que pour le grand écran ces dernières années. Selon la presse, il aurait récemment cédé aux pressions de son épouse et composé une messe. Nul doute que ce génial compositeur, et grand travailleur devant l'Eternel, n'est pas prêt à rendre son tablier.

PS : ceux qui ont raté le passage du maestro à Paris peuvent se rattraper (un peu) en visionnant sur YouTube les nombreux extraits filmés avidement par les fans.



vendredi, octobre 25, 2013

Gravity : dans l'espace, personne ne vous entend crier


(Avertissement : à lire de préférence après avoir vu le film)

Là où 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) était une expérience physique et métaphysique, un trip, peut-être LE trip ultime, Gravity se place d'emblée sur une tout autre échelle. Ambitieux sur la forme, le film d'Alfonso Cuarón reste humble sur le fond en comparaison du chef-d'œuvre de Kubrick. Il se concentre sur la figure d'une femme brisée, qui n'a eu d'autre choix que de se lancer corps et âme dans son travail pour étouffer la douleur de la perte de son enfant. D'apparence modeste, l'enjeu n'en est pas moins existentiel : les incidents que rencontre le Docteur Ryan Stone lors de sa mission dans l'espace la poussent à se demander si elle a vraiment envie de continuer à se battre pour vivre. Le sort s'acharnant sur elle, découragée, désespérée, elle choisit de tourner le dos à la vie. "Personne ne m'attend sur Terre, personne ne me pleurera", se dit-elle. Avant de changer d'avis par le truchement habile de la narration.
Ecrit par Cuarón avec son fils, enfin sur nos écrans après une gestation de quatre ans et demi, Gravity emprunte le chemin exactement inverse des films à grand spectacle actuels qui poussent, à grandes pelletées de dollars et moult images de synthèse, le bouchon toujours plus loin vers des prouesses super-héroïques plus invraisemblables et ineptes les unes que les autres. Avec un Star Trek et un Superman de triste mémoire (entre autres), la couvée été 2013 aura montré les limites d'un cinéma dont l'essence même se tarit au fur et à mesure que la technologie permet tout et n'importe quoi. Rien de tel dans Gravity, qui invente et utilise une technologie complexe au service de la narration, et dont le but premier est d'immerger le spectateur dans l'espace.
Passons rapidement sur le procédé Dolby Atmos du Pathé Wepler (Paris, 18e) (photo-ci-dessus), dont les enceintes supplémentaires n'ont pas permis d'apprécier les subtilités et la puissance du mixage sonore tant le volume était trop élevé dans la salle. Visuellement, le film est simplement époustouflant. Le directeur de la photo attitré du réalisateur mexicain (et aussi de Terrence Malick) Emmanuel Lubezki a fait un travail incroyable, sachant la difficulté de simuler la lumière dans l'espace, perpétuellement changeante.
Le parti pris de réalisme s'applique à chacun des éléments du film :
- le scénario : il s'appuie sur un phénomène bien réel, le "syndrome de Kessler", qui désigne le fait que les satellites hors d'usage et les déchets laissés par d'anciennes missions spatiales ont engendré une quantité importante de débris risquant de provoquer un accident catastrophique. C'est le point de départ du film.
- la réalisation : si Kubrick imaginait en 1968 un monde futur dans lequel les voyages spatiaux seraient monnaie courante en le rendant plausible, Cuarón dépeint une réalité actuelle et nous la donne à voir et surtout à ressentir pour la première fois. Jamais depuis Avatar (2009) la 3D n'avait été autant au service de la narration en nous plongeant littéralement dans l'espace aux côtés de ces deux astronautes en prise avec le manque de gravité qui donne son titre au film.


Autre marque de fabrique du réalisateur, le plan-séquence accentue ici l'effet d'immersion, comme si nous étions piégés dans ces scaphandres, simples marionnettes dans l'espace, où chaque geste a des conséquences potentiellement mortelles.
- le jeu des acteurs enfin : vecteurs d'identification qui nous font ressentir le vertige du vide et la solitude de l'astronaute, et de l'homme en général.

Si Cuarón évoque Robert Bresson et son Condamné à mort s'est échappé (1956) pour parler de la fin de son film, il cite aussi la théorie de l'évolution de Darwin pour décrire la sortie de l'eau du personnage féminin, s'extrayant avec peine du liquide amniotique pour retrouver la terre ferme. L'image du Docteur Ryan Stone réussissant tant bien que mal à se lever sur le sable d'une plage après un voyage qui l'aura vue lutter contre la mort pour tomber littéralement du ciel n'est pas prête de s'effacer de nos mémoires.
Ceux qui prendront Gravity au premier degré risqueront de passer à côté d'un grand film, dont le propos est riche en métaphores et symboles. Dans la lignée des magnifiques Y tu mamá también (2001), Harry Potter and the Prisoner of Azkaban (2004), le meilleur Harry Potter, et Children of Men (2006), le nouveau film d'Alfonso Cuarón nous rappelle judicieusement l'une des qualités maîtresses du cinéma : faire vivre au public une expérience hors du commun, qui nous échappe dans la vie réelle. Et cela par le simple biais de l'image et du son. Mission accomplie.

NB : à la deuxième vision et suite à une discussion animée avec un ami, Gravity ne perd pas de sa superbe, mais révèle un peu plus quelques faiblesses qui ne manqueront pas de lui faire perdre quelques places dans mon classement annuel (mais ne l'empêcheront pas de faire le plein dans les salles, ouf !) :
- la parti pris de "réalisme" n'a certainement pas été poussé à bout, tant les erreurs factuelles sont légion, et tant l'utilisation appuyée de la musique n'a finalement que pour utilité de combler le fameux silence de l'espace,
- le personnage de George Clooney n'est absolument pas développé,
- les spectateurs ne sont pas dupes, la fameuse "suspension consentie de l'incrédulité" est trop largement dépassée par le cinéaste quand il multiplie inconsidérément les obstacles à la survie de son héroïne.
Gravity reste une expérience visuelle et sensorielle sans précédent, c'est peut-être son unique qualité, mais c'est déjà pas mal.
Bref, si un film n'a pas forcément besoin d'être véridique, on regrette la "caution scientifique" à laquelle le cinéaste et d'autres se raccrochent pour vanter les qualités du film. Le débat est ouvert. N'hésitez pas à réagir !!

jeudi, juillet 04, 2013

Le joli mai : un voyage dans le temps avec Chris Marker



Si la musique légère et élégante de Michel Legrand vient irradier les images noir et blanc du Joli mai, nul besoin de ce prétexte pour se pencher ici sur ce film signé Chris Marker et Pierre Lhomme.

La récente exhumation cannoise de ce documentaire poétique, social, politique, sorti en France en 1963, a permis de rendre un hommage tardif (après celui de la Cinémathèque Française) à Chris Marker, décédé le 29 juillet 2012, à l'âge de 91 ans.

Film rare, indisponible en vidéo (comme la plupart des films de Chris Marker), Le Joli mai propose un voyage temporel, à la manière du magnifique La Jetée (1962). En remontant cinquante ans en arrière, la voix d'Yves Montand nous entraîne dans un portrait de Paris et de ses habitants.

Tout commence par un très beau plan de l'ombre de la tour Eiffel sur le pont d'Iena, suivi par quelques perspectives de la capitale, mais très vite, le film descend dans les rues et part à la rencontre des Parisiens. Il ne les quittera plus pendant 02h16.

A une époque où la vie des gens ordinaires ne semble plus passionner personne, il est intéressant de voir à quel point la démarche des cinéastes était pertinente. En se penchant sur les désirs et les rêves de ce jeune couple (lui soldat, elle bientôt mère au foyer), de ce marchand de costumes focalisé sur son chiffre d'affaires, de ces deux architectes idéalistes, de ce jeune arabe victime d'abus policiers, et de beaucoup d'autres, Marker et son chef opérateur Pierre Lhomme brossent un portrait intime des habitants de la capitale, au plus près de leur vie de tous les jours. En se focalisant sur le particulier, ils touchent à l'universel - la formule est connue - mais elle fonctionne ici à plein. L'aspiration au bonheur, s'occuper de ses enfants, partir en vacances, l'ambition professionnelle, autant de préoccupations profondes qui traversent le temps, bien loin de l'anecdote ou du superficiel.

Dans une note d'intention rédigée en 1961, Marker écrivait : «Que repêchera-t-on de nos années à nous ? Peut-être tout autre chose que ce que nous y voyons de plus voyant.» C'est exactement ce qui se passe dans Le Joli mai.

Dans des décors de bidonvilles de banlieue ou d'immeubles haussmaniens noirs de crasse, le contexte de l'époque est agité, en pleine fin de la guerre d'Algérie. Dans un contexte de contrôle de l'information par l'Etat, les Parisiens semblent se désintéresser de la question algérienne et bottent en touche quand la caméra et le micro les sortent de l'anonymat. Le ras-le-bol vis-à-vis de la politique en général affleure à plusieurs reprises. On assiste aux manifestations suite aux événements du métro Charonne, à des mouvements sociaux. On écoute le discours d'un militant communiste, ou une discussion à bâtons rompus de trois soeurs.

Le regard est toujours juste, l'humour se mêle au drame, l'ironie laisse place à la tendresse. On n'est pas prêts d'oublier cette araignée qui se promène sur le costume de l'inventeur sans qu'il s'en aperçoive ou ces plans de chats moqueurs, l'animal fétiche de Marker.

Plus qu'un témoignage sur une époque révolue, Le Joli mai transcende son sujet pour constituer une mini Comédie humaine, où chaque sujet a la même importance et où la trivialité fait place à la vie. C'est ce regard de poète, attentif aux autres, qui faisait la particularité du cinéma de Chris Marker. Il nous manque beaucoup.



vendredi, avril 19, 2013

Renaissance d'un joyau parisien



Edifié en 1981, fermé depuis 1983, le Louxor a enfin retrouvé son lustre d'antan. Au pied du métro Barbès-Rochechouart, à cheval entre les 9e, 10e et le 18e arrondissements de Paris, ce magnifique cinéma a réouvert ses portes au grand public le jeudi 18 avril 2013. 

D'inspiration art déco néo-égyptien, comme c'était la mode à l'époque, le Louxor n'etait peut-être pas le premier de son genre, mais il prouve aujourd'hui qu'il est bien l'un des plus beaux. A comparer, le Grauman's Egyptian Theater est certes plus spectaculaire, mais n'a pas le même charme. Grâce à la mairie de Paris et à d'opiniâtres associations de riverains, le Louxor a fait l'objet d'une restauration très soignée, et a même récupéré pour l'occasion deux salles supplémentaires, aux capacités plus réduites, mais pleines de charmes.




La salle principale est composée d'un verrière et de deux balcons. Un écran large, conforme aux attentes des spectateurs modernes, vient se poser devant le petit écran qu'on devine conforme à celui d'origine. Les frises et les sculptures murales ont retrouvé d'éclatantes couleurs, et les curieux ne manquent pas d'admirer l'élégance de ce temple du cinéma qui va se consacrer à la diffusion d'oeuvres d'art et essai, et cela sans publicité !

Jeudi 18h30. Je me fraye un chemin jusqu'au troisième étage. Une petite terrasse permet de siroter une bière en regardant passer ce métro dans lequel j'ai passé tant d'années à me demander pourquoi ce cinéma était fermé et quand est-ce qu'il allait réouvrir.

Le rêve est maintenant exaucé. C'est un petit miracle, qui ne risque pas de se produire pour le fameux Gaumont Palace, à quelques stations de là, bel et bien porté disparu lui.

Mais l'heure de la séance approche, je choisis de me faufiler jusqu'à l'orchestre, le premier étage étant complet. Les lumières s'éteignent, c'est presque dommage ! Mais nous sommes là pour voir un film, et pas n'importe lequel : The Grandmaster, le nouvel opus de Wong Kar-Wai.



Voir un film chinois consacré au kung-fu dans une salle d'inspiration égyptienne, voilà qui est curieux. Surtout quand on sait qu'il s'agit probablement du dernier film tourné avec la pellicule Fujifilm. La société japonaise a prévenu le réalisateur qu'elle cessait toute production vers la fin de la période de trois années qu'a nécessité le tournage du film, et c'est ce qui a décidé Wong Kar-Wai à en rester là.

Au risque de l'emphase, je dirais que comme toute œuvre d'art, The Grandmaster intrigue, élève et sublime notre existence. C'est un film qui donne un sens au cinéma : mouvement horizontal et vertical. Défilement des images et beauté des gestes. Quel meilleur écrin pour cela qu'un cinéma qui renaît de ses cendres ? Tel un Phoenix égyptien retrouvant sa splendeur d'antan.

Le film de Wong Kar-Wai montre deux destins parallèles et leur cheminement dans les arts martiaux. Des vies dédiées à cet art plus grand qu'un art : un mode de vie. Où puissance et grandeur d'âme importent plus que tout. 

On sait le cinéaste hongkongais maître de la saudade. Ses films sont toujours empreints d'une mélancolie dans laquelle se tissent bonheur et regrets. Il le montre une nouvelle fois en utilisant le très beau "Deborah's Theme" de Once Upon A Time In America. Un autre grand film sur une époque révolue. 

Ce qui montre, après Tarantino, à quel point l'oeuvre d'Ennio Morricone hante les cinéastes actuels.


mercredi, décembre 19, 2012

Le Hobbit : du nouveau avec de l'ancien



Il est rare de nos jours d'aller voir un film pour la rupture technologique qu'il apporte plutôt que pour ses qualités propres. C'est pourtant ce qui a motivé l'achat d'une place au prix fort dans un cinéma concurrent de mon circuit habituel (en l'occurrence le Pathé Wepler dans le 18e arrondissement de Paris) afin de découvrir le nouveau film de Peter Jackson : Le Hobbit : un voyage inattendu.

Il s'agit effectivement du premier film grand public à être tourné en 3D et en HFR (High Frame Rate), un procédé qui double le nombre d'images par secondes. Si les premières projections d'extraits du film en 48 images/secondes au mois de juillet dernier avaient provoqué la nausée chez certains spectateurs, il fallait juger sur pièce.

Comme le montre bien ce site, la différence entre les deux vitesses de tournage est flagrante : des contours plus nets, des mouvements très fluides, suppression de l'effet de flou quand un sujet se déplace à grande vitesse. Résultat : une image presque clinique, tellement précise qu'elle permet de voir le moindre détail (et les éventuels défauts).

Alors, comment est-ce que cette technologie s'adapte au cinéma ? Comment dépasser cette impression de captage vidéo ultra-réaliste pour s'immerger dans un univers fictif ? C'est toute la problématique de ce Hobbit, qui, lors des scènes d'intérieurs ou de dialogues donne l'impression d'assister à une sitcom, et qui, à la faveur de scènes d'action spectaculaires, stupéfait par la lisibilité de ses images.

Sans parler de l'immersion sonore totale du nouveau procédé Dolby Atmos, qui apporte "la verticalité du son" via la bagatelle d'une soixantaine d'enceintes disséminées dans toute la salle, notamment au-dessus du spectateur.

Cela fait des années que le grand Douglas Trumbull, génie des effets spéciaux (2001 : A Space Odyssey), cherche à augmenter la définition des images cinématographiques. Son procédé Showscan des années 80 était une tentative courageuse pour y arriver. Il milite maintenant ardemment pour le HFR et a réussi à se mettre dans la poche des réalisateurs comme James Cameron et Peter Jackson. Le premier a annoncé qu'il allait tourner les suites d'Avatar en 60 images/secondes. Le second travaille sur la post-production des deux suites du Hobbit, qui devraient contenir davantage de scènes d'action pures.

Alors, quelle impression ? Mitigée donc, sans parler du fait que le film de Peter Jackson souffre de problèmes de rythme et de longueurs qui font parfois retomber l'attention. Ce n'est peut-être pas le meilleur film pour juger cette technologie, et on attendra les suites pour se faire une autre idée.

Enfin, le gros avantage du HFR, c'est que la 3D passe comme une lettre à la poste, même après cent soixante-neuf minutes de projection. Et cela, c'est déjà énorme.


mercredi, février 08, 2012

Retour sur l'année 2011



Après ces fêtes de fin d'année qui ont marqué le retour inopiné de NFSC, il est temps de faire un petit bilan de l'année écoulée en termes de musique de film. Une année 2011 riche en découvertes et qui aura vu le retour en grande forme de valeurs confirmées. A commencer par l'un des derniers géants de la BOF (avec le grand Ennio), je parle de John Williams. Après une absence de trois ans des écrans, JW a fait son grand retour avec deux bandes originales. Tout d'abord, le Tintin de Spielberg, un album riche en thèmes et dont l'énergie folle est à la mesure du talent de ce grand monsieur. Puis, War Horse, sorti sur disque fin 2011 mais sur les écrans le 22 février prochain, où l'on découvre un JW plus introspectif, dont la tonalité s'approche de Harry Potter, en peut-être encore plus romantique.

Le compositeur ami de NFSC Cliff Martinez a déniché quelques morceaux d'électro imparables pour ouvrir la BO de Drive, avant d'y plaquer ses nappes de clavier atmosphérique pour une des réussites de l'année écoulée. Dans nos contrées, la bonne surprise est venue de The Artist, un superbe hommage à l'âge d'or hollywoodien signé Ludovic Bource, pour qui on croisera les doigts aux Oscar.

Autre chouchou de l'émission, le grand Howard Shore, qui signe lui aussi deux albums : celui, à mon avis mineur pour le dispensable Hugo Cabret de Scorsese, mais aussi la musique du nouveau Cronenberg, A Dangerous Method, treizième collaboration avec le réalisateur canadien ! Shore s'appuie sur un morceau tiré de l'opéra de Wagner, "L'Anneau des Nibelungen" pour bâtir une partition qui tire grand parti du piano et explore les gouffres intérieurs des personnages. Ainsi, la musique met au jour les sentiments que les personnages refoulent, permettant au spectateur de s'immerger dans leur psyché. Il est regrettable que ce film émouvant et subtil n'ait pas été évalué à sa juste mesure par la critique, qui s'attendait sûrement à autre chose de la part de Cronenberg.

Enfin, puisque c'est de saison, deux petites listes. La première, les films les plus marquants de l'année écoulée par votre serviteur, et la seconde, les BO à garder pour la rédaction de Cinézik. N'hésitez pas à envoyer les vôtres !

- Incendies / Denis Villeneuve / Canada

- Black Swan / Darren Aronofski / USA

- Essential Killing / Jerzy Skolimowski / Pologne

- Je veux juste que vous m’aimiez / Rainer Werner Fassbinder / Allemagne / 1976

- Melancholia / Lars Von Trier / Danemark-Suède

- Hors Satan / Bruno Dumont / France

- Les Aventures de Tintin / Steven Spielberg / USA

- Il était une fois en Anatolie / Nuri Bilge Ceylan / Turquie

- Shame / Steve McQueen / Angleterre

- The Tree of Life / Terrence Malick / USA

- A Dangerous Method / David Cronenberg / Angleterre

- Mission Impossible Ghost Protocol / Brad Bird / USA

Bilan rédaction Cinézik

1. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE (John Williams)
2. DRIVE (Cliff Martinez)
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS (Ernst Reijseger)
4. THE ARTIST (Ludovic Bource)
5. ARRIETTY ET LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS (Cécile Corbel)
6. HIDEAWAYS (Eric Neveux)
7. LA CLÉ DES CHAMPS (Bruno Coulais)
8. TRON L'HERITAGE (Daft Punk)
9. LA PIEL QUE HABITO (Alberto Iglesias)
10. X-MEN: LE COMMENCEMENT (Henry Jackman)