mercredi, juillet 19, 2017

Okja de Netflix : le cauchemar des exploitants devenu réalité


Chaque année, le Festival de Cannes sert de révélateur de l'état du cinéma mondial. La manifestation cannoise a le grand mérite de réunir tous ceux qui constituent la planète cinéma : les professionnels, les médias du monde entier, les inconditionnels (dits aussi cinéphiles), et en arrière-plan le grand public (non invité mais autorisé à suivre la montée des marches au JT d'un oeil distrait).

Si les années se suivent et ne se ressemblent pas forcément, ce sont les éditions qui déclenchent un scandale qui marquent le plus les esprits. Tout le monde se souvient de la présentation à Cannes de l'Avventura en 1960 (Michelangelo Antonioni), de La Grande bouffe (Marco Ferreri, 1973), ou plus près de nous de Crash (David Cronenberg, 1996) ou Antichrist (Lars Von Trier, 2009).

En 2017, la Festival de Cannes aura réussi à renouer avec cette tradition, qui pour le coup a plutôt pris la forme d'une polémique. "Rien de tel pour attirer le chaland et faire de la publicité gratuite", pourrait-on dire, à la différence près que cette fois-ci les distributeurs de films et les exploitants de salles de cinéma se seraient bien passés de la frayeur qui leur a été causée.

A l'origine de tous ces tourments, deux films sélectionnés en compétition officielle : The Meyerowitz Stories, de Noah Baumbach, et surtout Okja, le nouvel opus du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho. Deux films portant l'étiquette (infamante pour certains) du spécialiste mondial de la SVOD : Netflix.

Quand Thierry Frémaux, le sélectionneur en chef du premier festival mondial, a placé en sélection officielle ces deux films, il ne se doutait pas qu'il ouvrait la boîte de Pandore. Selon ses déclarations, au moment de faire son choix, il avait encore espoir de voir ces films sortir en salles, mais face au refus de Netflix et étant donné la réglementation contraignante en vigueur en France (un délai de trente-six mois entre la sortie en salles et la diffusion sur une plate-forme de streaming de type SVOD), le sélectionneur s'est retrouvé coincé (au point d'amender le règlement du festival pour éviter tout blocage de la sorte à l'avenir).



Le cochon géant Okja tombe d'un camion avec Mija à sa suite.

Trop tard, le mal était fait. Okja est reparti de Cannes bredouille (le moindre prix aurait été très mal venu dans le contexte), le film est "sorti" sur Netflix le jour prévu (28 juin), et les rares exploitants courageux qui avaient prévu de projeter le film dans leurs salles se sont rétractés (en dehors de quelques séances dans le cadre du festival SoFilm, et du Méliès à Montreuil, dont le directeur artistique Stéphane Goudet a courageusement maintenu l'unique séance gratuite). Au final, le film a en grande partie raté son public, Netflix a sauvegardé son modèle économique, et les exploitants ont préservé leur gagne-pain grâce à la fameuse chronologie des médias à laquelle ils sont si attachés. Mais combien de temps cette situation pourra-t-elle durer ?

La stratégie des exploitants (dont la survie est liée à l'exclusivité des films qu'ils projettent) va dans le même sens que celle des distributeurs indépendants, comme le déclare Jean Labadie, dirigeant de la société Le Pacte. Tous pensent haut et fort que le cinéma se découvre d'abord sur un grand écran, et ils n'ont pas forcément tort. Tant que les films seront produits pour les salles de cinéma, les voir sur un écran de télévision ou pire sur une tablette ou un ordinateur ne rend pas justice au travail des créateurs. D'ailleurs, Bong Joon-ho l'a lui même déclaré au quotidien Le Monde : "Le meilleur moyen de voir un film, c'est sur un grand écran." Avant d'ajouter : "Mais pour ça, il faut avoir les moyens de le faire."

Certains ne manquent pas de brandir l'argument du piratage, dont le cinéma serait victime, et si le phénomène a participé à la chute de fréquentation des salles obscures dans certains pays (comme en Espagne, qui comptait 127 millions de spectateurs en 2005 contre 78 millions en 2013), il n'empêche pas des exploitants comme MK2 d'acheter des salles dans la péninsule Ibérique et d'envisager une expansion européenne. Signe de la vitalité d'un secteur encore loin d'être sinistré.




La complicité entre Mija et Okja, le coeur du film.

Pour l'instant, le grand gagnant de cette histoire reste Netflix qui a désormais trouvé la formule magique pour étendre son emprise mondiale : "des contenus locaux pour une audience globale". Un article récent du site TheWrap indique que le succès d'Okja a permis à la plate-forme d'augmenter sensiblement le nombre de ses abonnés en Corée du Sud. Nul doute qu'une histoire ancrée dans l'imaginaire asiatique, truffée de références au cinéma asiatique en général (et japonais en particulier, n'est-ce-pas Totoro ?!), plaira à un public international, avide désormais de manga et autres anime. Certes, le but est de rapporter toujours plus d'argent, mais la méthode Netflix est plus subtile.

Face à l'uniformisation du cinéma commercial hollywoodien, dont la force de frappe ne suffit pas toujours à générer des recettes mirobolantes dans le monde entier, l'industrie du cinéma a également senti le vent tourner. Mais quand Hollywood se contente d'inclure des acteurs asiatiques dans ses blockbusters à super-héros pour faciliter la pénétration du marché (en Chine notamment), Netflix va plus loin et permet à l'un des cinéastes les plus passionnants du moment de donner vie au film de ses rêves. Une carte blanche (et un droit sur le final cut) dont le réalisateur n'a pas manqué d'user en toute liberté : son film contient un fort message anti-establishment et pro-animaliste. N'y voit-on pas une Tilda Swinton en double dirigeante ridicule d'une firme calquée sur Monsanto ? Et des militants véganes faisant partie de l'ALF (Animal Liberation Front), une milice créée en 1979 en Grande-Bretagne dont le but est d'abolir tout forme d'exploitation animale et dont les actions ont parfois été taxées d'éco-terrorisme ?

Et si Netflix (et d'autres acteurs comme Amazon) continuent de rendre service aux cinéastes en leur donnant des moyens qu'ils ne trouvent plus ailleurs, ne serait-il pas logique de les en féliciter en leur donnant le droit de montrer leurs films dans de meilleures conditions ? Cette politique va-t-elle faire réagir les grands studios en leur donnant envie de renouer avec des films plus adultes et plus intelligents ? On peut toujours rêver.

Alors, de quoi l'avenir sera-t-il fait ? Difficile d'y répondre aujourd'hui. Alors autant exprimer des voeux : ne pourrait-on faire évoluer la législation pour aller vers une plus grande complémentarité entre salles de cinéma et petit écran ? Il est grand temps d'encourager les jeunes générations à découvrir leur patrimoine cinéphilique en s'adaptant justement à leur façon de consommer les images. Sans doute est-il possible de trouver un compromis pour rendre la culture plus accessible tout en préservant le pré carré des salles de cinéma. C'est dans cette direction que souhaite aller le sus-cité Stéphane Goudet dans une tribune à lire sur le site de Télérama.

Ne pourrait-on imaginer de découvrir en salles des oeuvres conçues pour le petit écran (comme ce fut déjà le cas en de rares occasions) ? Déguster les nouvelles saisons de Top of the lake (Jane Campion) ou de Twin Peaks (David Lynch) sur écran géant, avec toute une communauté de fans, cela ouvrirait des perspectives inédites ! Et permettrait de briser l'isolement de l'expérience télé.

En attendant, ceux qui aiment le cinéma n'ont jamais eu autant de façons de l'apprécier que de nos jours. Alors que les fans du grand Bong Joon-ho se réjouissent. Ils peuvent dès à présent regarder Okja dans leur salon, se délecter de l'excellent Memories of murder, repris en salles, et revoir The Host ou Mother en DVD ou SVOD. Enjoy !!




dimanche, juillet 09, 2017

Voyage of Time : l'odyssée selon Malick


Remarqué pour sa rareté à une époque, par son omniprésence aujourd'hui, Terrence Malick fait partie des derniers cinéastes vivants capables de créer l'événement avec des projets originaux et ambitieux.

Malgré ce qu'en pensent d'aucuns, pour qui la dernière période du cinéaste n'est pas digne de ce qui l'a précédée, la sortie d'un nouveau film de Terrence Malick est toujours un événement. Radical par ses choix, rare dans ses apparitions et prises de parole, le cinéaste américain âgé de 73 ans nous donne cette année deux nouveaux exemples de son effervescence créatrice.

Terrence Malick sera présent sur nos écrans en 2017 avec deux films différents, comme si le temps lui était compté, comme s'il fallait à tout prix mener à bien les projets en cours et éviter les regrets. Alors que Song to Song, filmé en partie au festival de musique d'Austin en 2012 – sur les terres du cinéaste – sort le 12 juillet, un documentaire au long cours a fait l'objet de projections uniques en France depuis le 4 mai.

Voyage of Time : Life's Journey, ode à la vie et à l'univers, aura obsédé le cinéaste pendant une quarantaine d'années. Son arrivée sur nos écrans (certes en sortie limitée et sans la version IMAX) représente donc une sorte de miracle, tant cette oeuvre restera sans doute comme une tentative unique et presque suicidaire dans l'histoire du cinéma.

Il faut en effet une bonne dose de confiance en soi pour aborder dans le format d'un long-métrage d'une heure trente rien de moins que la création de l'univers, l'apparition de la vie sur Terre, la relation entre l'homme et la nature, et l'avenir de notre espèce ! Depuis les années 80, d'autres cinéastes ont tenté à leur manière d'aborder ces thématiques. Que ce soit la magnifique trilogie de Godfrey Reggio (Koyaanisqatsi, Powaqqatsi, Naqoyqasti) ou le travail de son ancien directeur photo Ron Fricke (Baraka et Samsara), nombreuses ont été les tentatives d'utiliser les possibilités du médium cinématographique pour y parvenir.

Avec ce nouveau film, Terrence Malick place d'emblée la barre très haut. Jadis professeur de philosophie, ayant suivi des études d'astronomie et de biologie, le cinéaste a rencontré des professeurs et des chercheurs dans les domaines de la physique et de l'anthropologie pour élaborer son projet. Pour raconter à sa manière l'histoire de l'univers, en brisant les codes habituels de la narration associés à ce type de sujet, Malick a choisi en toute simplicité de montrer la beauté qui réside en toute chose. L'existence des nébuleuses, des vagues de lave, des tempêtes de météorites, la division cellulaire, la transformation des espèces, l'évolution des formes de vie : un point commun sous-tend cet ensemble, une extraordinaire beauté, une soif de vie.

Pour un artiste comme Malick, comme pour un peintre ou un musicien, le but est de faire affleurer la beauté qu'il perçoit. Le cinéaste a donc fait appel à toute la palette de son art : prises de vues réelles, images de synthèse, expérimentations graphiques, images "volées" au camescope... Cette hétérogénéité est à la base même du film, et c'est ce qui lui donne sa richesse.

Un des outils à la disposition du cinéaste est la voix off. Malick l'a toujours utilisée à sa manière, sans chercher une adéquation systématique entre l'image et le commentaire. Dans Voyage of Time, la voix de Cate Blanchett nous prend à témoin, nous embarque dans un monologue adressé à la création, à Mère nature, ou à un Dieu irrémédiablement absent. Quelle meilleure façon d'aborder ces questions existentielles que par le biais d'une forme poétique qui nous pousse à nous interroger sur le sens de notre vie ?

La force du film réside aussi dans le fait qu'il ne fait pas de choix entre la beauté des images, la poésie qui s'en dégage, et la rigueur scientifique qui a caractérisé sa production. Malick a notamment fait appel à Andrew Knoll, professeur d'histoire naturelle à Harvard, consultant pour la NASA, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'évolution de la vie sur Terre. Son rôle a été de faire en sorte qu'une chronologie de l'évolution de la vie, d'une grande précision scientifique, sous-tende les images du film.

En alternant des scènes contemporaines et l'évolution de l'histoire de l'univers, Malick suggère le fait que nous sommes le résultat d'une longue séquence qui nous dépasse totalement, mais qu'en même temps, nous sommes le résultat de nos choix au quotidien. La façon dont l'héréditaire, le hasard, et la force de notre détermination se mélangent pour aboutir à ce que nous sommes est parfaitement suggéré par la mise en scène. Un constat qui tendrait d'ailleurs à battre en brèche l'existentialisme tel que théorisé par Sartre pour qui chaque personne est maîtresse de ses actes.

A part dans l'oeuvre de Malick et en même temps dans son prolongement logique – Tree of Life contenait déjà une séquence stupéfiante montrant un dinosaure – Voyage of Time est sans doute le film le plus kubrickien de son auteur. Les points communs entre les deux cinéastes ne manquent pas. Tous les deux savants, exigeants au plus haut point sur la véracité des mondes auxquels ils donnent vie (sans parler d'une allergie commune aux affres de la vie médiatique), Malick et Kubrick ont chacun eu des ambitions philosophiques. Avec 2001, A Space Odyssey, Kubrick questionnait la nature de l'Homme alors qu'il découvre son destin en maniant un simple bout de bois. Malick, dans son "documentaire", montre aussi des femmes et hommes préhistoriques. Dans une séquence saisissante, l'un d'entre eux regarde son reflet dans un cours d'eau et plonge ainsi son regard dans celui du spectateur. Serait-ce le moment où il acquiert une conscience de soi qui lui faisait jusque-là défaut ? Quelles questions l'assaillent-ils alors qu'il voit peut-être pour la première fois la forme de son propre visage, l'expression de son regard ? Comme chez Kubrick, l'évolution passe par la réalisation d'une capacité, la découverte d'une forme de puissance.

Pour les deux cinéastes, poser des questions est plus important que d'imposer des réponses. Chacun montre l'Homme dans sa grande complexité, sa bêtise, sa grandeur, ses limites, et ses rêves. Mais chez Malick existe sans doute une nostalgie pour une certaine forme d'innocence, comme si le fait de perdre le pouvoir de s'étonner de la beauté du monde était criminel.

Dans Voyage of Time transparaît cette confiance envers le lien qui nous retient au monde, l'émerveillement que l'auteur ressent face à la beauté sans limite de notre univers. L'émotion qui se dégage de cette expérience est d'autant plus forte que nous spectateurs sommes devenus acteurs dans le processus. Là réside l'essence du film, dans le consentement tacite que le cinéaste propose à ceux qui auront eu la chance de s'embarquer avec lui dans un voyage au-delà du temps et de l'espace, et si près de nous pourtant.

dimanche, juin 15, 2014

2001 : difficile odyssée à la Cinémathèque



Nul doute que Stanley Kubrick aurait eu quelques sueurs froides s'il avait assisté à la projection de son film 2001, A Space Odyssey, samedi soir à la Cinémathèque Française. Le chef d'oeuvre de la science-fiction, sorti en 1968, était projeté dans le cadre d'un hommage au (presque) défunt format 70 mm, le plus prestigieux de tous les formats analogiques, qui connut son heure de gloire dans les années 50/60.

Malgré la beauté des images du film - la modernité des effets spéciaux de 2001 n'a toujours pas été surpassée (dixit l'enthousiaste Nicolas Saada qui faisait partie des spectateurs) - et la joie d'assister à une projection dans un format devenu rare sur nos écrans, force est de constater que le plaisir a été un peu gâché. Tout d'abord, l'état de la copie trahissait son âge et si l'image était plutôt correcte, un problème de son ajouta un effet de "battement de coeur" à un petit tiers du film. Mais le plus gênant concernait les conditions de projection et force est de constater que les projectionnistes de la Cinémathèque n'ont pas été à la hauteur de leur excellente réputation : le son était trop fort (on se serait cru chez UGC, c'est dire), et deux décadrages (suite à des passages de sections de pellicule) ont affecté l'image et gâché la séquence de l'arrivée sur Jupiter après le fameux passage dans la Porte des Etoiles.

D'aucuns diront que ce sont des pinaillages, pourtant la comparaison avec d'autres projections du film, notamment en 2001 au (pour l'instant toujours fermé) Gaumont Grand Ecran Italie, sont en défaveur de celle d'hier soir. On pourrait aussi argumenter que ces problèmes liés à la projection d'un film à un format par essence fragile font partie de l'expérience analogique. Il est vrai que nos yeux dorénavant habitués à la "perfection" des projections numériques s'accoutument mal des imperfections du 70 mm, même quand celui-ci créé comme nous l'avons vu hier soir d'incroyables effets involontaires (tâches, rayures, sons additionnels, manque de netteté). L'impression générale était d'assister à un spectacle vivant, la projection en 70 mm accentuant la chaleur, le côté pulsatif du cinéma (en opposition avec la froideur numérique du 2K ou du 4K, bientôt du 8K).

Film fondateur de la science-fiction moderne, objet de vénération ou de détestation, bloc de mystère (à l'image du fameux monolithe), 2001, A Space Odyssey garde quarante-six ans après sa sortie toute sa force et son irréductible poésie. Quel film dans l'histoire du cinéma a suscité plus d'exégèses, de livres, de projets éditoriaux, d'interrogations, de curiosité ? On prolongera à profit la vision de 2001 par la lecture du roman d'Arthur C. Clarke, écrit en même temps que le tournage du film, et publié quelques mois après sa sortie. De nombreuses différences apparaissent entre les deux oeuvres et prolongent la sensation d'une oeuvre unique et protéiforme conçue à quatre mains par deux génies (le mot n'est pas trop fort). Ceux en quête d'une explication pourront y trouver des détails que le film omet, même si le roman garde également sa part de mystère, notamment dans son dernier chapitre. Les suites écrites plus tard par Clarke prolongent le plaisir et la réflexion sur la rencontre avec une civilisation extra-terrestre et le film de Peter Hyams, 2010 (1984), suscite de nouvelles interrogations et reste honnête même s'il n'atteint évidemment pas les cimes du film de Kubrick.

Pour conclure, disons que si l'enthousiasme des deux auteurs concernant le futur de l'exploration spatiale les a menés à inventer des mondes qui sont très loin d'être devenus des réalités (notamment en ce qui concerne une hypothétique base spatiale sur la Lune), leur vision d'une époque où les voyages spatiaux deviendraient possible n'est plus très loin de se réaliser. Après l'Agence spatiale fédérale russe, la société Virgin Galactic de Richard Branson s'apprête à envoyer de richissimes humains dans l'espace pour des vols de 3 à 4 minutes en apesanteur, à une altitude de 100 kilomètres. Merci qui ?

Notons également la sortie prochaine chez Taschen d'un livre monumental (et donc dispendieux) sur le film non moins monumental de Kubrick/Clarke. La folle aventure de 2001, A Space Odyssey n'a pas fini d'intriguer.


jeudi, février 06, 2014

Ennio Morricone triomphe à Paris



De retour chez nous après plus de sept années d'absence (son dernier concert en France remonte à octobre 2006 à Auxerre), le maestro italien de la musique de film Ennio Morricone se produisait à Paris Bercy mardi 04 février 2014 pour une soirée unique. Complet, le concert était certainement une des dernières occasions de voir le musicien et chef d'orchestre en action, ce qui n'a pas manqué d'attirer les foules (la salle a une capacité d'accueil de 17.000 personnes).
Si l'enceinte de Bercy est plus à même d'accueillir des événements sportifs ou des groupes de métal, de rock ou de variété, la présence d'un orchestre symphonique (en l'occurrence le Budapest Modern Art Orchestra) et d'un choeur lyrique (le Choeur Kodaly) dans l'enceinte énorme de ce qui ressemble plus à un stade couvert qu'à une salle de concert classique n'avait pourtant rien d'incongru. Sans rentrer dans des considérations trop poussées en termes d'acoustique, il faut avouer que le son amplifié des instruments à cordes et des cuivres était correct et que la palette sonore des oeuvres morriconiennes était respectée. L'orchestre était d'un bon niveau, mis à mal par moment par la comparaison des morceaux joués avec les originaux. En guise de hors-d'oeuvre, un documentaire consacré au maestro était projeté dans lequel il était interviewé et revenait en détails sur sa méthode de composition et sur sa carrière (ainsi que sur son fils). D'une durée beaucoup trop longue, la projection de ce film n'a pas manqué d'exaspérer le public, qui a marqué son impatience en sifflant.


Enfin, Ennio Morricone est monté sur scène et une salve énorme d'applaudissements l'accueillait. Sans plus de manières (il n'adressera la parole au public à aucun moment), il a ouvert ses grandes partitions et a entamé le concert avec ce qui était annoncé sur les panneaux latéraux comme le thème des Intouchables (1968) mais qui était le thème principal des Incorruptibles (The Untouchables, 1987). On pardonnera ces erreurs de crédits qui se répéteront tout au long de la soirée, et qui étaient reprises dans le programme. L'entrée en matière est majestueuse et donne le ton d'un concert qui va faire la part belle au Morricone lyrique et ample (le côté le plus spectaculaire de son oeuvre), mais qui donnera aussi un aperçu de son côté plus dissonant et expérimental.
Sans s'interrompre, l'orchestre enchaînait avec le magnifique "Thème de Deborah", extrait d'Il était une fois en Amérique (1984). La Légende du pianiste sur l'océan (1998) clôturait en beauté la première séquence du concert.
La suivante s'ouvrait sur l'ostinato au piano d'un obscur film italien de 1969 (H2S). Le morceau suivant a fait glousser de plaisir la foule (Le Clan des siciliens, 1969) avec ses deux thèmes enchaînés l'un à l'autre en une sorte de miracle mélodique toujours étonnant. Encore un thème ample et lyrique avec Love Circle (1969), puis une incursion d'autres instruments (batterie et clavier électronique) pour le thème d'un autre film tiré des oubliettes Maddalena (1971).


Après ces morceaux peu connus dans nos contrées, mais qui soutenaient pourtant très bien la comparaison avec les "grandes oeuvres", la pièce de résistance arrivait, au grand plaisir du public. L'hommage à Sergio Leone constituait sans nul doute la raison de la venue d'une majorité des fans français présents ce soir-là. Intitulée pompeusement "Mythe et modernité dans le cinéma de Sergio Leone", la séquence a vu l'entrée sur scène de la soprano Susanna Rigacci dont la voix et le souffle n'ont pas fait oublier la grande Edda del'Orso, mais ont fait illusion le temps d'égrener les classiques extraits du Bon, la brute et le truand (1966), à Il était une fois la révolution (1971) et Il était une fois dans l'ouest (1968). Après avoir atteint un premier pic dans l'applaudimètre, le compositeur toujours aussi peu chaleureux s'est éclipsé rapidement pour un entracte de vingt minutes.

En grande partie conforme à sa tournée de 2006, et aux autres nombreuses tournées du compositeur (qui doit être le musicien de musique de film qui joue le plus dans le monde entier), la set-list a donné un aperçu certes très superficiel de son oeuvre pléthorique (plus de 500 crédits sur IMDB). Les extraits étaient pourtant choisis avec goût et dénotaient l'exigence de l'homme, toujours soucieux d'allier popularité et engagement artistique, de faire coincider le plaisir, l'émotion avec le goût de la recherche sonore.

Le fameux thème "Chi Mai", extrait du Professionnel (1981) ouvrait avec ses violons lancinants la seconde partie, juste avant un extrait du mélancolique Cinéma Paradiso (1988). Les deux dernières séquences, Cinéma Social et Cinéma Lyrique Tragico Epique, ont mis également l'accent sur des oeuvres méconnues et des grands classiques. On notera dans la première la très belle partition du film de Brian De Palma, Casualties of War (1989), consacré à la guerre du Vietnam. Ainsi qu'une version endiablée du thème "Abolisson" du film complètement oublié de Gillo Pontecorvo Queimada (1969), qui a permis au choeur de montrer toute l'étendue de son talent.

Enfin, avec des extraits du Désert des Tartares (1976), et de Mission (1986), dont le thème grandiose a constitué l'apothéose de la soirée, Morricone a fait trembler le public, dont les acclamations enfiévrées et la standing-ovation ont fait revenir le maître pour trois reprises, dont une version de la mythique chanson "Here's to you", interprétée à l'origine en 1971 par Joan Baez dans le film Sacco et Vanzetti.

A bientôt 86 ans, Ennio Morricone continue de tourner dans le monde entier (il sera aux Etats-Unis en mars pour deux concerts exceptionnels, un à New York, l'autre à Los Angeles). Et continue de composer, plus pour le petit que pour le grand écran ces dernières années. Selon la presse, il aurait récemment cédé aux pressions de son épouse et composé une messe. Nul doute que ce génial compositeur, et grand travailleur devant l'Eternel, n'est pas prêt à rendre son tablier.

PS : ceux qui ont raté le passage du maestro à Paris peuvent se rattraper (un peu) en visionnant sur YouTube les nombreux extraits filmés avidement par les fans.



vendredi, octobre 25, 2013

Gravity : dans l'espace, personne ne vous entend crier


(Avertissement : à lire de préférence après avoir vu le film)

Là où 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) était une expérience physique et métaphysique, un trip, peut-être LE trip ultime, Gravity se place d'emblée sur une tout autre échelle. Ambitieux sur la forme, le film d'Alfonso Cuarón reste humble sur le fond en comparaison du chef-d'œuvre de Kubrick. Il se concentre sur la figure d'une femme brisée, qui n'a eu d'autre choix que de se lancer corps et âme dans son travail pour étouffer la douleur de la perte de son enfant. D'apparence modeste, l'enjeu n'en est pas moins existentiel : les incidents que rencontre le Docteur Ryan Stone lors de sa mission dans l'espace la poussent à se demander si elle a vraiment envie de continuer à se battre pour vivre. Le sort s'acharnant sur elle, découragée, désespérée, elle choisit de tourner le dos à la vie. "Personne ne m'attend sur Terre, personne ne me pleurera", se dit-elle. Avant de changer d'avis par le truchement habile de la narration.
Ecrit par Cuarón avec son fils, enfin sur nos écrans après une gestation de quatre ans et demi, Gravity emprunte le chemin exactement inverse des films à grand spectacle actuels qui poussent, à grandes pelletées de dollars et moult images de synthèse, le bouchon toujours plus loin vers des prouesses super-héroïques plus invraisemblables et ineptes les unes que les autres. Avec un Star Trek et un Superman de triste mémoire (entre autres), la couvée été 2013 aura montré les limites d'un cinéma dont l'essence même se tarit au fur et à mesure que la technologie permet tout et n'importe quoi. Rien de tel dans Gravity, qui invente et utilise une technologie complexe au service de la narration, et dont le but premier est d'immerger le spectateur dans l'espace.
Passons rapidement sur le procédé Dolby Atmos du Pathé Wepler (Paris, 18e) (photo-ci-dessus), dont les enceintes supplémentaires n'ont pas permis d'apprécier les subtilités et la puissance du mixage sonore tant le volume était trop élevé dans la salle. Visuellement, le film est simplement époustouflant. Le directeur de la photo attitré du réalisateur mexicain (et aussi de Terrence Malick) Emmanuel Lubezki a fait un travail incroyable, sachant la difficulté de simuler la lumière dans l'espace, perpétuellement changeante.
Le parti pris de réalisme s'applique à chacun des éléments du film :
- le scénario : il s'appuie sur un phénomène bien réel, le "syndrome de Kessler", qui désigne le fait que les satellites hors d'usage et les déchets laissés par d'anciennes missions spatiales ont engendré une quantité importante de débris risquant de provoquer un accident catastrophique. C'est le point de départ du film.
- la réalisation : si Kubrick imaginait en 1968 un monde futur dans lequel les voyages spatiaux seraient monnaie courante en le rendant plausible, Cuarón dépeint une réalité actuelle et nous la donne à voir et surtout à ressentir pour la première fois. Jamais depuis Avatar (2009) la 3D n'avait été autant au service de la narration en nous plongeant littéralement dans l'espace aux côtés de ces deux astronautes en prise avec le manque de gravité qui donne son titre au film.


Autre marque de fabrique du réalisateur, le plan-séquence accentue ici l'effet d'immersion, comme si nous étions piégés dans ces scaphandres, simples marionnettes dans l'espace, où chaque geste a des conséquences potentiellement mortelles.
- le jeu des acteurs enfin : vecteurs d'identification qui nous font ressentir le vertige du vide et la solitude de l'astronaute, et de l'homme en général.

Si Cuarón évoque Robert Bresson et son Condamné à mort s'est échappé (1956) pour parler de la fin de son film, il cite aussi la théorie de l'évolution de Darwin pour décrire la sortie de l'eau du personnage féminin, s'extrayant avec peine du liquide amniotique pour retrouver la terre ferme. L'image du Docteur Ryan Stone réussissant tant bien que mal à se lever sur le sable d'une plage après un voyage qui l'aura vue lutter contre la mort pour tomber littéralement du ciel n'est pas prête de s'effacer de nos mémoires.
Ceux qui prendront Gravity au premier degré risqueront de passer à côté d'un grand film, dont le propos est riche en métaphores et symboles. Dans la lignée des magnifiques Y tu mamá también (2001), Harry Potter and the Prisoner of Azkaban (2004), le meilleur Harry Potter, et Children of Men (2006), le nouveau film d'Alfonso Cuarón nous rappelle judicieusement l'une des qualités maîtresses du cinéma : faire vivre au public une expérience hors du commun, qui nous échappe dans la vie réelle. Et cela par le simple biais de l'image et du son. Mission accomplie.

NB : à la deuxième vision et suite à une discussion animée avec un ami, Gravity ne perd pas de sa superbe, mais révèle un peu plus quelques faiblesses qui ne manqueront pas de lui faire perdre quelques places dans mon classement annuel (mais ne l'empêcheront pas de faire le plein dans les salles, ouf !) :
- la parti pris de "réalisme" n'a certainement pas été poussé à bout, tant les erreurs factuelles sont légion, et tant l'utilisation appuyée de la musique n'a finalement que pour utilité de combler le fameux silence de l'espace,
- le personnage de George Clooney n'est absolument pas développé,
- les spectateurs ne sont pas dupes, la fameuse "suspension consentie de l'incrédulité" est trop largement dépassée par le cinéaste quand il multiplie inconsidérément les obstacles à la survie de son héroïne.
Gravity reste une expérience visuelle et sensorielle sans précédent, c'est peut-être son unique qualité, mais c'est déjà pas mal.
Bref, si un film n'a pas forcément besoin d'être véridique, on regrette la "caution scientifique" à laquelle le cinéaste et d'autres se raccrochent pour vanter les qualités du film. Le débat est ouvert. N'hésitez pas à réagir !!

jeudi, juillet 04, 2013

Le joli mai : un voyage dans le temps avec Chris Marker



Si la musique légère et élégante de Michel Legrand vient irradier les images noir et blanc du Joli mai, nul besoin de ce prétexte pour se pencher ici sur ce film signé Chris Marker et Pierre Lhomme.

La récente exhumation cannoise de ce documentaire poétique, social, politique, sorti en France en 1963, a permis de rendre un hommage tardif (après celui de la Cinémathèque Française) à Chris Marker, décédé le 29 juillet 2012, à l'âge de 91 ans.

Film rare, indisponible en vidéo (comme la plupart des films de Chris Marker), Le Joli mai propose un voyage temporel, à la manière du magnifique La Jetée (1962). En remontant cinquante ans en arrière, la voix d'Yves Montand nous entraîne dans un portrait de Paris et de ses habitants.

Tout commence par un très beau plan de l'ombre de la tour Eiffel sur le pont d'Iena, suivi par quelques perspectives de la capitale, mais très vite, le film descend dans les rues et part à la rencontre des Parisiens. Il ne les quittera plus pendant 02h16.

A une époque où la vie des gens ordinaires ne semble plus passionner personne, il est intéressant de voir à quel point la démarche des cinéastes était pertinente. En se penchant sur les désirs et les rêves de ce jeune couple (lui soldat, elle bientôt mère au foyer), de ce marchand de costumes focalisé sur son chiffre d'affaires, de ces deux architectes idéalistes, de ce jeune arabe victime d'abus policiers, et de beaucoup d'autres, Marker et son chef opérateur Pierre Lhomme brossent un portrait intime des habitants de la capitale, au plus près de leur vie de tous les jours. En se focalisant sur le particulier, ils touchent à l'universel - la formule est connue - mais elle fonctionne ici à plein. L'aspiration au bonheur, s'occuper de ses enfants, partir en vacances, l'ambition professionnelle, autant de préoccupations profondes qui traversent le temps, bien loin de l'anecdote ou du superficiel.

Dans une note d'intention rédigée en 1961, Marker écrivait : «Que repêchera-t-on de nos années à nous ? Peut-être tout autre chose que ce que nous y voyons de plus voyant.» C'est exactement ce qui se passe dans Le Joli mai.

Dans des décors de bidonvilles de banlieue ou d'immeubles haussmaniens noirs de crasse, le contexte de l'époque est agité, en pleine fin de la guerre d'Algérie. Dans un contexte de contrôle de l'information par l'Etat, les Parisiens semblent se désintéresser de la question algérienne et bottent en touche quand la caméra et le micro les sortent de l'anonymat. Le ras-le-bol vis-à-vis de la politique en général affleure à plusieurs reprises. On assiste aux manifestations suite aux événements du métro Charonne, à des mouvements sociaux. On écoute le discours d'un militant communiste, ou une discussion à bâtons rompus de trois soeurs.

Le regard est toujours juste, l'humour se mêle au drame, l'ironie laisse place à la tendresse. On n'est pas prêts d'oublier cette araignée qui se promène sur le costume de l'inventeur sans qu'il s'en aperçoive ou ces plans de chats moqueurs, l'animal fétiche de Marker.

Plus qu'un témoignage sur une époque révolue, Le Joli mai transcende son sujet pour constituer une mini Comédie humaine, où chaque sujet a la même importance et où la trivialité fait place à la vie. C'est ce regard de poète, attentif aux autres, qui faisait la particularité du cinéma de Chris Marker. Il nous manque beaucoup.



vendredi, avril 19, 2013

Renaissance d'un joyau parisien



Edifié en 1981, fermé depuis 1983, le Louxor a enfin retrouvé son lustre d'antan. Au pied du métro Barbès-Rochechouart, à cheval entre les 9e, 10e et le 18e arrondissements de Paris, ce magnifique cinéma a réouvert ses portes au grand public le jeudi 18 avril 2013. 

D'inspiration art déco néo-égyptien, comme c'était la mode à l'époque, le Louxor n'etait peut-être pas le premier de son genre, mais il prouve aujourd'hui qu'il est bien l'un des plus beaux. A comparer, le Grauman's Egyptian Theater est certes plus spectaculaire, mais n'a pas le même charme. Grâce à la mairie de Paris et à d'opiniâtres associations de riverains, le Louxor a fait l'objet d'une restauration très soignée, et a même récupéré pour l'occasion deux salles supplémentaires, aux capacités plus réduites, mais pleines de charmes.




La salle principale est composée d'un verrière et de deux balcons. Un écran large, conforme aux attentes des spectateurs modernes, vient se poser devant le petit écran qu'on devine conforme à celui d'origine. Les frises et les sculptures murales ont retrouvé d'éclatantes couleurs, et les curieux ne manquent pas d'admirer l'élégance de ce temple du cinéma qui va se consacrer à la diffusion d'oeuvres d'art et essai, et cela sans publicité !

Jeudi 18h30. Je me fraye un chemin jusqu'au troisième étage. Une petite terrasse permet de siroter une bière en regardant passer ce métro dans lequel j'ai passé tant d'années à me demander pourquoi ce cinéma était fermé et quand est-ce qu'il allait réouvrir.

Le rêve est maintenant exaucé. C'est un petit miracle, qui ne risque pas de se produire pour le fameux Gaumont Palace, à quelques stations de là, bel et bien porté disparu lui.

Mais l'heure de la séance approche, je choisis de me faufiler jusqu'à l'orchestre, le premier étage étant complet. Les lumières s'éteignent, c'est presque dommage ! Mais nous sommes là pour voir un film, et pas n'importe lequel : The Grandmaster, le nouvel opus de Wong Kar-Wai.



Voir un film chinois consacré au kung-fu dans une salle d'inspiration égyptienne, voilà qui est curieux. Surtout quand on sait qu'il s'agit probablement du dernier film tourné avec la pellicule Fujifilm. La société japonaise a prévenu le réalisateur qu'elle cessait toute production vers la fin de la période de trois années qu'a nécessité le tournage du film, et c'est ce qui a décidé Wong Kar-Wai à en rester là.

Au risque de l'emphase, je dirais que comme toute œuvre d'art, The Grandmaster intrigue, élève et sublime notre existence. C'est un film qui donne un sens au cinéma : mouvement horizontal et vertical. Défilement des images et beauté des gestes. Quel meilleur écrin pour cela qu'un cinéma qui renaît de ses cendres ? Tel un Phoenix égyptien retrouvant sa splendeur d'antan.

Le film de Wong Kar-Wai montre deux destins parallèles et leur cheminement dans les arts martiaux. Des vies dédiées à cet art plus grand qu'un art : un mode de vie. Où puissance et grandeur d'âme importent plus que tout. 

On sait le cinéaste hongkongais maître de la saudade. Ses films sont toujours empreints d'une mélancolie dans laquelle se tissent bonheur et regrets. Il le montre une nouvelle fois en utilisant le très beau "Deborah's Theme" de Once Upon A Time In America. Un autre grand film sur une époque révolue. 

Ce qui montre, après Tarantino, à quel point l'oeuvre d'Ennio Morricone hante les cinéastes actuels.